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La cité arc-en-ciel de Mehdi Charef

21 novembre 2012
Le président du jury inaugurait hier un nouveau cycle de rétrospectives : la France Technicolor, celle des cinéastes issus de l’immigration. En tant que pionnier Mehdi Charef, était tout indiqué.

Le Thé au harem d’Archimède (1985), c’est "le té au arem darchimede", le théorème d’Archimède orthographié par un enfant des cités. Une touchante chronique de la jeunesse Black Blanc Beur désœuvrée et micro-délinquante des années 70/80. La France en pleine crise y est encore davantage imprégnée de lutte des classes et d’entraide que de racisme.

« A la Courneuve y’a pas d’école, y’a que des prisons et du béton », chante à l’époque Renaud. Ce premier film du cinéaste d’origine algérienne Mehdi Charef, adaptation de son propre roman, parle de chômage, de déracinement, de familles éclatées, de drogue, de prostitution, de vol. Mais sans misérabilisme ni voyeurisme. Sans excès ni indulgence. Avec le cœur. Un cœur d’immigré. 

« Mon père est venu me chercher à la gare, j’avais à peine dix ans, se souvient Mehdi Charef. Je regardais les cinémas et mon père m’a dit "tu iras tous les dimanches". Nous avons ensuite traversé les cités HLM et les bidonvilles. Et j’ai compris que mon père avait menti. On nous a fait venir pour remplacer nos parents dans les usines. » En 1983, son premier roman se fait remarquer.

Costa-Gavras lui demande d’en tirer lui-même un scénario. Puis de réaliser le film: « J’ai eu beaucoup de chance, tout m’est tombé sur la tête. J’étais le premier ». Le premier à passer de la cité au cinéma français. Le premier à participer à l’émission Apostrophes. Pas si simple : « On se dit que ce n’est pas pour nous. Dans les musées, je vois peu d’enfants et ados issus de l’immigration. Ils s’interdisent les choses. Ils ont l’impression qu’ils n’ont pas d’univers intérieur. Qu’ils sont vides. Il faut des éclaireurs, des exemples ».

Cinéaste, écrivain et homme de théâtre, Mehdi Charef a lu pendant des années dans les journaux « que le monde aller exploser parce que deux ou trois gars en colère brûlaient des voiture. Ils voulaient des étincelles. Je voulais de la tendresse. » Cette tendresse est celle du Thé au harem d’Archimède et de ses amitiés.

Le dernier film de Mehdi Charef, Cartouches gauloises (2006), sur la guerre d’Algérie, est projeté aujourd’hui à 18h30 au Gaumont et jeudi à 20h45 au cinéma Orson Welles.


Jean-Christophe Fouquet

En image : Mehdi Charef, président du jury (photo Jean-Marie Faucillon http://32festifamiens.canalblog.com/)



Mercredi 21 novembre, journée Petit Théâtre :

- 14h : Lecture du dernier scénario de Raoul Peck et Pascal Bonitzer.
- 16h : Fêtons Court !
- 18h : Films du service jeunesse d’Amiens.
- 20h : Yves Angelo présente Un cœur en hiver.
- 22h15 : Sexe, humour et vidéo.

Tout le programme ici : www.digitomag.com/publications/fifa/index.html

La TV du festival : www.dailymotion.com/FIFA-TV