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Le coup d’état numérique

23 novembre 2012
Chaque évolution technique engendre un bouleversement méthodologique et esthétique. Pour le pire et pour le meilleur. Selon Ricardo Aronovich, directeur de la photographie de Costa-Gavras, Alain Resnais, Ettore Scola ou Raoul Ruiz, le passage au tout numérique représente plutôt le pire… Entretien.

Vous dites que la révolution numérique est un coup d’état fasciste. Qu’entendez-vous par là ?
R.A. : C’est quelque chose qui nous a été imposé. On ne nous nous a pas demandé notre avis.

Dans quel but, selon vous ?
R.A. : Pour Big Brother (l'omniscience dictatoriale du 1984 d’Orwell, ndlr). L’intérêt est de ne plus à avoir à tirer de copies et le but ultime est de pouvoir tout contrôler par satellite. D’avoir une mainmise sur la circulation des films.

Au niveau du travail, qu’est-ce que cela change ?
R.A. : Pour moi, cela change l’âme, mais pas le travail. Je fais comme si la caméra digitale n’existait pas, je fais comme bon me semble. Il y a une grande recherche à réaliser pour adapter la technique au numérique, changer la lumière.

Comment voyez-vous l’avenir des films pellicule à l’ère du numérique ?
R.A. : Je ne vois pas d’avenir. Un film numérique ou numérisé, projeté en numérique, cela n’a pas d’âme. C’est une image qui bouge, qui est belle, qui peut être très belle même, mais qui n’a pas de profondeur. Il y a quelque chose d’inhumain, de triste. Je ne vais pas en voir. Le dernier est le film de Sokourov (Faust, ndlr), tourné en pellicule. Mais comme on ne peut plus projeter ainsi, je l’ai vu numérisé. Et je n’aime pas. Il y a des choses merveilleuses dans la photo, mais on sent le numérique. C’est une image plate.

Ce n’est pas la première révolution que le cinéma connaît. Il y a eu la pellicule panchromatique, les caméras portatives... Celles-ci ont apporté des choses, mais pas le numérique ?
R.A.:
Tout apporte toujours quelque chose. Mais ce n’étaient pas des révolutions, plutôt des changements. Le numérique, c’est une révolution, mais dans le sens négatif, du coup d’état. Ce n’est pas une révolution cubaine.

Quand on prend l’histoire du cinéma, quel type d’image vous interpelle le plus ?
Les grandes images en noir et blanc. La couleur m’intéresse toujours moins. J’ai toujours essayé d’enlever des couleurs quand c’était possible. Mais ce n’est pas facile, pour des raisons commerciales. Mon plus grand plaisir serait de tourner aujourd’hui un grand film, en noir et blanc et en scope. Et en pellicule.

Et que pensez-vous de l’initiative Caméflex Amiens ?
R.A.:
C’est superbe. Je suis très content, ravi que cela existe. Je ne connaissais même pas Amiens avant ce festival. J’adhère à 150%. Quand on parle de directeur de la photo, Il est assez difficile pour le grand public de savoir de quoi il s’agit. Une des choses négatives du numérique, et je crois que c’est programmé, c’est d’essayer d’éliminer le poste de directeur de la photo (au profit de la postproduction, ndlr). Il faudrait que le public le connaisse avant qu’il ne disparaisse.

Jean-Christophe Fouquet

En image : Ricardo Aronovich, pendant sa master-class au Petit Théâtre. (photo Jean-Marie Faucillon / http://32festifamiens.canalblog.com/)

Ricardo Aronovich lance Caméflex
82 ans, né en Argentine, travaillant en France à partir des années 70, Ricardo Aronovich inaugurait cette année le cycle de rétrospectives Caméflex Amiens, en référence à la caméra portative Eclair répandue dans les années 50, en partenariat avec l’AFC (association française des directeurs de la photographie cinématographique). Une table-ronde lui était consacrée hier.

Vendredi 23 novembre :
- 12h30, salle Cinés du Monde : Remise des prix parallèles.
- 16h, ciné St-Leu : Le scénariste Jacques Fieschi présente le dernier film de Claude Sautet, Nelly et monsieur Arnaud.
- 20, Grand Théâtre : Clôture et remise des prix.

Tout le programme ici : www.digitomag.com/publications/fifa/index.html

La TV du festival : www.dailymotion.com/FIFA-TV