Ewa Lewinson met en scène Fatma la honte, une pièce de Yacoub Abdellatif présentée à la Maison du Théâtre et à la Comédie de Picardie.
Des personnages en quête de leur similitude, par-delà les différences.
Derrière l’histoire de Fatma, mère courage méditerranéenne, c’est une histoire de France qui s’écrit, quelque part dans une HLM de province. Fatma contemple les heures et rêve de la Kabylie natale. Pour s’arracher à l’ennui, elle a Monsieur Jean, concierge à l’écoute de toutes ces vies du quartier. Yacoub Abdellatif a puisé dans ses colères et ses passions pour l’écrire, loin des discours conventionnels et médiatiques qui transforment l’autre en victime permanente pour mieux le dominer. « Personne n’a le monopole du racisme et il faut avoir le courage de vivre ensemble sans être prisonnier de la culpabilité, cette culpabilité qui nous prive de l’échange », confie l’auteur amiénois, qui dirige aussi la compagnie Amel (“Espoir”). Récompensée par la très sélective Fondation Beaumarchais, la pièce dit beaucoup sur nos sociétés qui ont remplacé la discussion et l’écoute par la rivalité des mémoires et des identités.
Pour Yacoub Abdellatif, « c’est l’état de la société aujourd’hui dans laquelle chacun s’enferme dans une position de victime, où l’on est jamais auteur de sa propre vie ». Être l’auteur de sa vie implique en effet que l’on ait relégué la mémoire dans le passé simple et qu’on lui refuse le droit d’immobiliser le présent. Cela exige aussi de préserver cet idéal de fraternité et de similitude des êtres lorsque le culte de la différence devient trop pesant. Mais Fatma la honte, c’est aussi et surtout une histoire d’amour non avouée. Fatima Aïbout, Yannick Becquelin, Ali Bouzidi, Henri Gruvman, Keren Marciano et Salah Teskouk font partie de cette nouvelle aventure, mise en scène par Ewa Lewinson. Des soirées thématiques suivront la pièce à la Maison du Théâtre, les 13 et 14 mars, puis au collège Sainte-Clothilde autour du flamenco, le 3 avril (réservations au 06 85 97 71 81).