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  • Le projet Citadelle
    Véritable verrou urbain, la citadelle a longtemps constitué une barrière infranchissable au nord de la ville. En lui redonnant de nouveaux usages, le projet vise à l’ouvrir sur les quartiers alentours.
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La Citadelle

Jusqu'à la fin du XVIe siècle
 

Charles Pinsard, plan d’Amiens au XVe siècle

Amiens, ville non fortifiée et sans garnison royale

Encore protégée au nord par l’enceinte de Philippe-Auguste, était une ville non fortifiée et sans garnison royale. L’Échevinage, soucieux de l’autonomie politique de la commune, avait en effet opposé un refus catégorique à la proposition d’Henri IV de lui envoyer une garnison de Suisses pour défendre la ville. À charge donc pour les Amiénois de s’en occuper.

Les lettres du roi pour le renforcement du "Ravelin" défensif

Toutefois, par deux lettres de 1595 et 1596, le Roi ordonna à son ingénieur, Jean Errard, de se rendre à Amiens pour travailler aux fortifications, notamment renforcer le “ravelin”, ou “bolvert” (boulevard) défensif, sorte de rempart en demi-lune, dressé en 1520 au nord de l’ancienne porte de la ville, appelée “porte Montrescu”.

La consolidation des défenses de la ville

Arrivé vers le 15 mai 1596, l’ingénieur livre son plan le 23 à la ville. Errard, ménageant les susceptibilités de l’Échevinage, conserve le plan médiéval et les défenses anciennes de la ville, se contentant de perfectionner les défenses de la nouvelle “porte Montrescu”, d’approfondir les fossés et de construire quelques bastions.

L'invasion de la ville par les Espagnols

Le 11 mars 1597, les Espagnols, commandés par Herman Tello1, s’emparent en deux heures de la ville mal défendue, grâce au stratagème devenu célèbre du chariot rempli de sacs de noix. Dès le 25 mars, Henri IV, sentant Paris menacé, commence le siège de la garnison espagnole d’Amiens, le premier siège moderne et méthodique de l’histoire de France qui s’achève six mois plus tard, le 25 septembre 1597, avec la reddition des assiégés.

 

La conception de nouvelles fortifications pour la ville

Après cette difficile reconquête, Henri IV ordonna de concevoir de nouvelles fortifications pour la ville. Il confia cette tâche à Jean Errard (1554-1610) ingénieur des fortifications du Roi, concepteur des forteresses de Verdun, Laon et Sisteron et auteur de La fortification réduite en art et démontrée (Paris, 1600), ouvrage qui le rendit célèbre et où il définit les bases de l’architecture militaire du XVIIe siècle, préparant ainsi les conceptions de Vauban.

La construction de la citadelle
 

Portrait de Frans II Pourbus, Henri IV, roi de France, en armure, vers 1610 Paris, musée du Louvre, inv. 1707© RMN / Hervé Lewandowski

Ses dates de construction et d'achèvement

La citadelle, construite principalement entre 1598 et 1610, entièrement achevée en 1622, se présente comme un vaste ouvrage pentagonal à cinq bastions, précédé de larges fossés et ceints d’un chemin couvert.

Son architecture typique de la moitié du XVIIe siècle

La citadelle est construite en brique, à chaînages de pierres saillantes, comme de nombreux édifices civils ou militaires de la première moitié du XVIIe siècle en France, sous les règles d’Henri IV ou de Louis XIII. Elle communiquait avec l’extérieur par trois portes distinctes: au sud, la “Porte Royale” de 1615 a été murée et restaurée en 1859. L’entrée se fait maintenant, toujours au sud et plus vers l’est, par l’ancienne porte de la ville, la “porte Montrescu” ou “vraie porte”, rebâtie en 1389 ou 1392. Il n’en subsiste plus que le cintre de grès en ogive. Au-dessus, fut construit au tout début du XVIIe le logement du Lieutenant du Roy (il ne faut pas confondre cette ancienne porte de la ville avec la nouvelle “porte du Ravelin de Montrescu” ou “fausse porte”, entrée secondaire construite plus au nord sous François Ier, de 1524 à 1531).

L'implantation d'une garnison de soldats suisses

Amiens étant reprise, Henri IV, ulcéré par l’attitude irresponsable de l’Échevinage, implante une garnison de soldats suisses dans la cité, tant pour la contrôler politiquement que pour en assurer la sécurité. Amiens perd ses libertés communales et la prospérité économique qui était la sienne au Moyen-Âge. La citadelle est la mise en forme urbanistique de cette politique de rétorsion. Sans ménagement pour l’autorité de l’Échevinage, Henri IV fait abattre 200 maisons et une église et démantèle une partie des remparts de Philippe-Auguste pour faire place nette à la forteresse d’Errard.

1. Herman Tello fit déguiser en paysans une dizaine d’auxiliaires wallons dont le parler était proche du picard. Escortant un chariot de pommes et de noix, la petite troupe franchit la première porte de la ville – celle du "Ravelin de Montrescu" –, semble-t-il pas même gardée. La seconde – celle ancienne de "Montrescu" – l’était, mais par quelques "gagne-deniers" qui jouaient aux cartes. Les Wallons basculèrent les noix au sol. Affamés, les gardes se précipitèrent pour les ramasser et furent poignardés aussitôt par cette avant-garde espagnole. En quelques minutes, un corps d’infanterie, suivie d’une cavalerie nombreuse, investit la ville basse, l’actuel quartier Saint- Leu. Cet épisode valut aux Amiénois le sobriquet picard d’ « Amiénoés, maqueux d’noés ».

Au XVIIe siècle
 

Plan d’Amiens, extrait du “Recueil des plans des places du Royaume, divisées en provinces, faites en l’an 1693” Paris, BnF, Cartes et plans, GE DD-4585 (1, RES) © BnF

La citadelle et l'extension de la ville

Le monument fige depuis un espace considérable sur le versant septentrional d’Amiens, coupe l’ancienne artère Senlis-Boulogne et ferme toute la cité au nord de Saint-Leu. La ville voit sa croissance bloquée tandis que sa démographie implose: durant tout le XVIIe siècle et la première moitié du XVIIIe, 35000 personnes s’entassent à l’intérieur des remparts. Au XIXe, la ville, ne pouvant s’étendre au nord, sinon que longitudinalement à la vallée de la Somme, se développe par excroissances successives vers le sud, l’ouest et l’est.

La citadelle est donc à l’origine de ce déséquilibre géographique dans l’urbanisation moderne d’Amiens, ainsi que de la trame chaotique des rues de ce versant nord traditionnellement ouvrier, par opposition au coteau sud de la ville, plus homogène, dont les rues convergent vers la cathédrale.

Le démantèlement de la citadelle

La citadelle perd tout intérêt stratégique après l’annexion de l’Artois en 1659 et Vauban juge inutile de perfectionner les défenses d’Errard. Toutefois, les garnisons successives occupent la place en dépit de l’animosité de l’Échevinage et des démarches réitérées des habitants pour démanteler la forteresse. La démolition de l’enceinte n’est autorisée qu’en 1788 et après les timides remaniements de 1830, ce n’est qu’en 1889 que l’on commence à construire sur les anciens glacis.

La porte du Ravelin de Montrescru
 

Aimé ou Louis Duthoit, Amiens: la porte de Montrescu à la citadelle, côté extérieur, vers 1840-1850 Amiens, Musée de Picardie, MP Duthoit I-82 © Com des Images

Elle conserve derrière sa courtine orientale la célèbre porte du ravelin de Montrescu, édifice de la forteresse le plus digne d’intérêt artistique. Construite de 1524 à 1531 sur ordre de François Ier, cette entrée sculptée fut enfermée à l’intérieur des murs est de la citadelle et réduite ainsi à une simple fonction décorative dès 1598, avant qu’elle ne soit désaffectée en chapelle. Elle tire ce nom de “Montrescu” d’un motif sculpté qui présentait un ange semblant montrer du doigt l’Ecu de France, emblème royal détruit lors du siège de la garnison espagnole par Henri IV. Cette porte est un curieux spécimen, à l’ornementation quelque peu chargée et confuse, des portes de ville construites sous François 1er. Les parties supérieures de l’édifice sont couvertes des salamandres emblématiques du roi, ainsi que de ses initiales. Autrefois converti en entrepôt par le Génie, l’intérieur de la porte Montrescu est mieux conservé que la décoration mutilée de sa façade. Des armoiries sculptées ornent les voûtes et les murs, tandis que le cintre ouvrant sur l’intérieur de la citadelle est couronné d’un ange portant un écusson.

L'évolution de la Citadelle du XVIIIe jusqu'à aujourd'hui
 

Les bastions ayant résistés au temps

Actuellement, trois bastions sur cinq subsistent:

  • les deux bastions orientaux ont été mutilés par le Génie en 1952 afin de faciliter le tracé de la grande route de Doullens,
  • l’actuelle avenue du Général de- Gaulle.

Les autres fonctions de la Citadelle

Dernièrement, la citadelle, dévolue aux militaires, a abrité dans les murs de la caserne Boyeldieu la Direction des travaux du Génie d’Instruction et de Préparation Militaire, une partie du 8e régiment de commandement et de soutien, ainsi qu’une antenne de l’Action Sociale des Armées.

Aujourd’hui, la Ville d’Amiens est propriétaire de la totalité du site. Acquis à la fin des années 1990, la citadelle est  choisi en 2012 pour être le futur site d'installation du pôle Humanités de l'Université Picardie Jules Verne.

Dans le cadre du projet Citadelle,  un chantier d’insertion vise, outre sa vocation sociale, à l’entretien des espaces verts et à la restauration des parements de brique des courtines et des flancs des bastions.

Perspective sur la porte François-Ier et l’accès à la place d’armes depuis l’avenue du Général-de-Gaulle.