Votre navigateur est obsolète!

Mettez à jour votre navigateur pour afficher correctement ce site Web. Mettre à jour maintenant

×

À la batterie, j’ai nommé…

Mathieu Morcrette, 47 ans, tombé d’abord dans le hockey sur gazon avant la chimie. Figure de proue des recherches amiénoises sur l’énergie des batteries, il reçoit ce 20 novembre le cristal du CNRS 2019. 

À la batterie, j’ai nommé… © Laurent Rousselin / Amiens Métropole
« On est des chimistes, on fait de la cuisine »
© Laurent Rousselin / Amiens Métropole

20.11.2019

JDA 929

Il fait partie de ceux qui approcheront le président Macron à Amiens cette semaine, au lendemain de sa médaille de cristal décernée par le CNRS. Dans huit jours, il débattra sur les stratégies en matière de stockage de l’énergie lors de l’Amiens Energy Summit*, grand congrès organisé par Energeia, le cluster autonomie énergétique créé par Amiens Métropole. Ça ne l’empêchera pas de s’occuper de ses trois enfants le samedi et d’aligner les kilomètres le dimanche pour jouer au hockey sur gazon avec ses potes vétérans. Pourtant, Mathieu Morcrette a pris le temps de nous recevoir, voire de nous expliquer, marqueur en main, la formule chimique du lithium-ion : « LiCoO2 » . On lui a avoué notre 2 au bac en physique-chimie. Il ne s’est pas offensé. A plutôt souri. Cette antithèse du rat de laboratoire sourit facilement.

 

LE HUB, SON QG

Sa carte de visite dit : “Directeur du laboratoire de réactivité et chimie des solides et responsable du prototypage des batteries du réseau sur le stockage électrochimique de l’énergie”. Rien que ça. Son job ? « Jouer avec les éléments chimiques pour mesurer les capacités de charge et de décharge des batteries. » Son QG ? L’ultramoderne Hub, édifié en 2017 à Saint-Leu, sorte de Fort Knox de la recherche où chaque porte s’ouvre avec un badge. L’univers de l’énergie est un monde concurrentiel et impitoyable. Ici se concentrent tous ceux qui planchent sur le stockage électrochimique de l’énergie, les fameuses “batteries du futur”, résument les profanes. Il y a là des labos de l’université de Picardie, du CNRS, des gens de chez Renault (les batteries de la Zoé sont un peu made in Amiens), la start-up Tiamat et ses batteries au sodium (offrant une recharge ultra-rapide). Une effervescence scientifique qu’anime notre ingénieur de recherche. « On est des chimistes, on fait de la cuisine. On a des recettes, on développe avec l’objectif de produire des batteries à l’échelle industrielle. »

 

AMIÉNOIS DEPUIS 1999

En 2050, Amiens vise l’autonomie en énergie. L’histoire d’amour entre la ville et les batteries au lithium (celles de nos smartphones) a déjà une belle longévité. Longtemps, Jean-Marie Tarascon l’incarna. Aujourd’hui professeur au Collège de France à la chaire chimie du solide et énergie, c’est lui qui fit venir Mathieu Morcrette à Amiens. Il lui confiera en 2008 les clefs d’un labo rassemblant tous les chercheurs travaillant sur les batteries lithium-ion. « Il y a vingt ans, nous étions 35. Contre 120 aujourd’hui. »

 

PRÉSIDENT DU HOCKEY SUR GAZON

Lors des dîners entre amis, les blagues fusent encore sur le “Alors le chercheur, tu trouves ?”. Le scientifique se montre méfiant de ce que l’on pourrait lui faire dire : « Je connais très bien la technologie lithium-ion, je peux en parler. Mais je ne me prononce pas sur ce que je ne maîtrise pas scientifiquement. On entend trop les gens qui ne savent rien ». Lui sait le côté ambivalent de ses recherches : « Le lithium provient des lacs salés de la cordillère des Andes. Se fait traiter en Chine. Est ensuite acheminé en France... » Science pas sans conscience : « Ce monde tout numérique produit tant de CO2 ». Et un peu de mauvaise conscience, avoue-t-il, en comptabilisant tous les longs déplacements effectués en voiture pour le hockey sur gazon. Il est d’ailleurs le président depuis peu du club amiénois, une institution : « J’ai hésité, j’étais déjà beaucoup dans le JDA ! ».

//Antoine Caux

 

(*) Amiens Energy Summit, les 27 et 28 novembre, au Quai de l’innovation – amiensenergysummit.fr