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A 20 ans, Raphaël Poulain était l’espoir du rugby. Posait nu
 sur les calendriers. Et menait la grande vie à paris. A 35, ce natif d’Amiens, ex-dieu du stade devenu coach mental, raconte sa (re)construction, lui qui a connu les chutes, le vide et le RSA. 

Ancien Dieu, nouveau sage  © LNR
« J’ai toujours voulu être un superhéros, alors que le plus intéressant, c’est de devenir humain ».
© LNR

16.09.2015

JDA 769

Il a fait lever les stades, fantasmer les filles et multiplié les excès. Il a joué un bourreau muet au théâtre avec Isabelle Adjani, s’est plongé dans la philo, a écrit sa bio, réalisé des documentaires. Il a connu la lumière. Et souvent les eaux sombres : les blessures, l’oubli, les dépressions. Il aurait pu s’en plaindre. Il en a fait sa force, lui, le militant du « droit à l’échec ». Comme la trajectoire d’un ballon ovale, la vie de Raphaël Poulain n’a rien de linéaire. Qu’importe : « Aujourd’hui, je suis heureux, même si j’en ai ch... ». Trente-cinq années bien remplies qui lui permettent de tenir des conférences en entreprise où ce bavard prône autant « l’importance de l’individu » que « l’esprit d’équipe ». Où il raconte comment il est tombé, comment il s’est relevé, comment tout ça l’a construit. Où il décrit l’envers du décor d’un rugby professionnel dont il a été tant le produit que le rejet. Sans rancœur.

 

L’APPART, LES FILLES...

Raphaël Poulain a gardé sa carrure d’ailier de 100 kg qui lui valut le surnom de “Lomu blanc” début 2000. Son vocabulaire fleure tellement le rugby que dans sa voix résonne presque le sud-ouest. C’est pourtant en Picardie, à 40 km d’Amiens où il est né, que l’histoire débute. À trois mois du bac, le téléphone sonne chez papa-maman. Le Stade français, le club parisien qui dynamite les codes avec du rugby bling-bling, l’a repéré. Le gamin, mis à l’ovalie pour canaliser sa fougue, se retrouve avec un appartement, une voiture, une carte bancaire, des filles... Tout sourit, tout défile, même les titres de champion de France (2000, 2003 et 2004).

 

RETRAITÉ À 25 ANS

Raphaël Poulain, pas encore homme mais déjà Dieu du stade, enchaîne les soirées, les matchs et bientôt les galères. Des agrafes dans l’épaule gauche, des vis dans la droite, une plaque dans le bras, un testicule explosé, un genou défoncé... « Mais ma plus grosse cicatrice est psychologique, s’épanche-t-il. Notre société a oublié l’humain. Et le sport est à l’image de la société : le soutien psychologique est vu comme une faiblesse. » À 25 ans, le corps dit stop. « J’étais à la retraite en même temps que mon père, ironise-t-il. On parle toujours de reconversion professionnelle, jamais de reconversion mentale. On est adulé, on est entouré... Et quand le rugby s’arrête, on est seul. » Février 2009 : Raphaël Poulain est au RSA avec 400 € par mois. Bosse aux Restos du cœur. Une épreuve, une de plus, mais qui l’aide à rebondir. Mieux, à se trouver : « J’ai toujours voulu être un superhéros, alors que le plus intéressant, c’est de devenir humain ».

//Antoine Caux