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Christine Morrier, la soixantaine rugissante. Entière et depuis toujours éprise de liberté, la directrice du zoo porte la mue du parc amiénois,
 qui accueillera des tigres en janvier, à l’heure de son départ en retraite. 

Ascendant lionne  © Noémie Laval
« Le Sahara et la forêt tropicale sont un peu mon yin et mon yang »
© Noémie Laval

09.10.2019

JDA 925

Le talkie-walkie qui dénote à la ceinture. Un manteau en cuir rouge, un peu corsaire. Et ce coup de fil pour une demande de stage de 3e : « Ok si le gamin fait sa lettre. Les gosses pas motivés et le copinage, je ne veux pas ! ». Christine Morrier est cash. « Les gens me perçoivent comme une râleuse mais je gagne à être connue », promet-elle. Alors on a suivi la directrice du zoo d’Amiens, ongles et cheveux courts, souriante et séductrice, dans un parc en mutation. Ouvert à ses quasi 200 000 visiteurs annuels, malgré les travaux à 42 millions d’euros qu’elle a tant souhaités. Celle qui gère 50 agents et 450 animaux, qui se voit comme un skipper fixant le cap, nous a dit sa passion pour les félins, frétillant à l’arrivée des tigres en janvier. Avant un autre coup de cœur : le calao, gros oiseau qui porte un casque au-dessus du bec, et dont « la femme s’enferme dans le nid ». Plus tard, elle s’ébahira autant devant un singe mangeant une endive. Puis avec les vifs écureuils de Prévost. « En fait, les animaux que l’on préfère dépendent de notre humeur. Voire de la lumière. Je n’aime pas les monomaniaques. » Ni les profiteurs ou ceux qui tiennent un double discours. Ce caractère trempé en croise, ils ne sont jamais déçus.

 

BORN TO BE WILD

Troisième fille d’un père cavalier militaire, elle confie : « J’étais peut-être son premier fils ». Il la fera monter à cheval tôt. Mais le déclic animal arrive avec un livre : Féeries dans l’île de Gerald Durrell, fondateur du zoo de Jersey, qu’elle dévore durant son adolescence dans l’Ain. Elle s’est imaginé véto. Mais choisit la biologie à Grenoble avec une thèse sur la physiologie animale. Dans ces années 1970, elle est libre, Christine. Passe son permis moto. Fait du ski dans les Alpes, du canoë en Ardèche, du camping entre potes. Puis le Pérou et l’Inde en sac à dos avant l’Algérie, « une de mes histoires d’amour ». Elle dit : « Le Sahara et la forêt tropicale sont un peu mon yin et mon yang. J’ai toujours été double : le fils, la fille... ». Autre aventure : 1982, Amiens. Elle répond à une annonce pour le zoo d’une ville qu’elle imagine près de Limoges. Débarque un jour où la tour Perret s’évanouit dans le brouillard. La voilà responsable pédagogique. Milite pour lier science et culture. Introduit les marionnettes, les conteurs. Puis migre au Safran où, directrice pendant dix ans, elle mène ce combat de diffusion scientifique. Elle reprendra les rênes du zoo en 2005. Lui sera infidèle de 2008 à 2011 pour la direction de celui de Vincennes, alors en pleine réhabilitation. Elle sait donc de quoi elle parle.

 

UN TOUR DE FRANCE À MOTO

Récemment, Christine Morrier s’est envolée pour l’Équateur observer la harpie féroce, un rapace. A embarqué dans un planeur du côté de Digne. Son prochain défi : le tour de France des zoos sur sa moto Guzzi. « Il faut vivre, faire », scande celle qui vient d’acheter une maison à Camon, « près des amis », en mode auberge espagnole pour accueillir les copains de loin. Elle y cohabite depuis peu avec un chat – « J’avais pourtant dit que je ne rapporterais jamais de boulot à la maison. » La râleuse se fait mère poule, fière de dévoiler des photos de sa fille et de son fils qui finit sa thèse à Vancouver (Canada) sur... le bien-être animal. « Je les ai emmenés partout, à la rencontre du monde et des gens. » Elle espère leur avoir appris à être prudents mais à ne jamais avoir peur. A-t-elle peur de la suite, elle ? De sa retraite le 31 janvier bien avant l’arrivée des girafes et la mue finale du zoo en 2024 ? « À 66 ans, la vie est courte et longue à la fois. Et j’ai plein de désirs. Comme dit Guy Bedos : “Vieillir reste ce que l’on a trouvé de mieux pour ne pas mourir”. »

//Antoine Caux