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L’Hortillon de Lune Jean-Louis Christen chérit la terre sans pesticides depuis plus de trente ans à Rivery. Une passion enracinée dont il sème les graines.

Bio papa © Laurent Rousselin - Amiens Métropole
« Beaucoup de ceux qui se sont lancés dans le bio sont passés par ici »
© Laurent Rousselin - Amiens Métropole

11.09.2019

JDA 921

Il n’arbore plus sa légendaire moustache de Gaulois, « souvenir de Samara », et son sourire n’en est que plus généreux. « Ma fille m’a dit qu’elle ne m’avait jamais vu sans. J’ai fini par la raser ! » Jean-Louis Christen, la soixantaine juvénile, a le don de vous mettre à l’aise. Et de faire passer le temps en un clin d’œil, très bleu. Il nous reçoit impasse Marcel à Rivery, « pour la pause-café de 10h », entouré de ses salariés et de bénévoles. Ambiance familiale. Ce natif de l’Oise, arrivé dans la Somme pour ses études au lycée du Paraclet, s’est lancé dans le maraîchage bio en 1985 sur 2 000 m2 à Bertangles, bien avant l’ouverture de la chasse aux pesticides, perturbateurs endocriniens et OGM.

 

UNE DÉMARCHE MILITANTE
« J’ai vendu sur les premiers marchés bios parisiens, quand le label AB n’existait pas, précise celui qui fut longtemps le seul maraîcher du genre dans le département. Beaucoup de ceux qui se sont lancés depuis sont passés par ici. » Une démarche militante doublée d’une vraie conviction. « Il en faut ! Pendant dix ans, j’ai réinvesti tout ce que je gagnais dans du matériel. » C’est en 1987, sur quatre terrains maraîchers, que commence son aventure à Rivery. Six ans plus tard, il récupère les parcelles voisines de l’hortillon retraité Jacques Nowak. Arrivent alors les premières aides. « Ce fut long mais c’était bien comme ça », assure-t-il avec ce calme hérité de son grand-père paternel suisse. « Mon père était calme aussi, il allait toujours jusqu’au bout. Jusqu’à 94 ans, il a cultivé son jardin. » Le premier vacher, le second ouvrier agricole lui ont transmis l’amour de la terre. Sa mère, investie dans l’associatif, l’altruisme.

 

LE POTIER DE SAMARA
Moniteur en maison familiale, chauffeur de bus, animateur… et toujours violoniste dans les bals folk au sein du groupe Peut qu’manquer, Jean-Louis a multiplié les petits boulots avant de cultiver la terre. Mais il l’a modelée pendant dix ans, chez lui, à L’Atelier de poterie de Bertangles et à Samara. « J’étais artisan potier du néolithique à la période gallo-romaine. Un moment très important de ma vie. » Aujourd’hui, sur ses 2,5 hectares, poussent une quarantaine d’espèces de légumes, environ 120 variétés par an. Le vendredi, au bien nommé marché bio de L’Hortillon de Lune – « parce que je suis un peu dedans et que je travaille avec les astres » –, il les écoule grâce à son Amap et à la vente directe, aux côtés d’amis producteurs. On y trouve aussi sa fameuse choucroute, recette lancée à ses débuts « pour sauver les choux invendus ».

 

QUESTION D’ÉQUILIBRE
Malgré les rigueurs du métier, il poursuit infatigable… ou presque. On le sent irrité par « le biomarketing » et les lourdeurs administratives « qui donnent envie de prendre sa retraite », pourtant bien chiche… Sur ses terres sept jours sur sept, même si depuis sa « paternité tardive » il s’accorde des vacances avec Isabelle et leur fille Anaïs, il approfondit sa passion pour la biodynamie. « Tout est relié : la terre, le cosmos, le vivant… On est à l’écoute du sol et des plantes, on invente des outils, on renoue avec les méthodes des anciens, la traction animale… On recherche le bon équilibre. » Tout un savoir qu’il transmet sur ses parcelles mais aussi à l’université. « Les jeunes ont envie de faire bouger les choses. Et il y a encore du boulot ! » À Rivery, le 15 septembre, lors de la Fête des jardiniers, il vous en touchera certainement plus de deux mots. En 2020, la manifestation soufflera ses 10 ans. Et lui ses 35 ans en bio. L’occasion d’une belle garden-party.

 

//Coline Bergeon