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Le 31 janvier, c’est la Sainte-Ulphe. Une figure locale qui au VIIIe siècle aurait réduit au silence les batraciens des étangs de Boves. 

De “coa” en faire une légende 1 © Juanjo Guarnido
Sainte Ulphe par Juanjo Guarnido pour les Rendez-Vous de la BD d’Amiens en 2004.

29.01.2020

JDA 937

La légende raconte que si les grenouilles ne coassent plus dans la vallée de l’Avre, c’est qu’Ulphe, qui vivait retirée aux environs du Paraclet, au milieu des marécages, leur imposa un jour le silence. Par une chaude nuit d’été, celles-ci avaient tellement chanté que la pieuse jeune femme, à qui la Vierge était apparue en songe et qui à 28 ans reçut le voile de Chrétien, évêque d’Amiens de 721 à 740, avait manqué les matines en l’église Notre-Dame. N’ayant pu s’endormir avant minuit, elle n’entendit en effet pas les appels de son protecteur Domice, ancien chanoine devenu ermite, avec lequel elle se rendait à l’office à Amiens chaque nuit. Ce dernier partit sans elle. Quand il revint inquiet, il vit Ulphe priant Dieu d’« estaindre et retraire le chant, le cry et le tumulte des raines [grenouilles] (*) » des environs à tout jamais. Une histoire qui inspira les artistes.

 

UN CULTE LOCAL

Ainsi dans la chapelle Saint-Éloi de la cathédrale d’Amiens, se trouve le tableau Sainte Ulphe et saint Domice (salon des artistes, 1896) du peintre picard Jean de Francqueville, sur lequel on voit la jeune ascète doigt sur la bouche, au côté de l’ermite, imposant le silence aux grenouilles. Un motif repris plus récemment par l’Espagnol Juanjo Guarnido, qui lui rendit hommage dans le cadre du projet “la cathédrale d’Amiens aux couleurs du monde vue par des auteurs de bande dessinée” en 2004. Le sculpteur Albert Roze (1861-1952) l’immortalisa aussi, rainettes à ses pieds, sur une œuvre qui orne la Maison du pèlerin. Le culte de sainte Ulphe, morte un 31 janvier, ne dépassa jamais le diocèse d’Amiens. Mais ses représentations sur le portail Saint-Firmin et sur un bas-relief de la cathédrale érigée plus de quatre cents ans après son décès, tout comme la chapelle portant son nom près de son lieu d’ermitage au Paraclet, témoignent encore de la fascination pour le miracle des raines.

//Coline Bergeon

(*) Extrait d’un manuscrit 
du XVIe siècle, conservé 
à la bibliothèque Louis-Aragon.

 

De “coa” en faire une légende 2 © Laurent Rousselin / Amiens Métropole

La sculpture d’Albert Roze sur la Maison du pèlerin.

© Laurent Rousselin / Amiens Métropole