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Comblée dans les années 50, une section d'un canal remontant à l'époque gallo-romaine refait surface entre les rues Saint-Leu et Edmond-Fontaine. C’est le gros morceau d’un chantier de fouilles mené jusqu’à la fin du mois. 

De l’eau sous La Lune  © Latitudes
Ce canal, qui poursuivait sa course en longeant l'Hôtel-Dieu, traverse les fouilles. À sa gauche 
sur la photo : les tanneries médiévales. À sa droite : des restes, enchevêtrés, de deux mille ans d'histoire.
© Latitudes

17.06.2020

JDA 948

La rue Saint-Leu, l’ancienne Chaussée aux blés, remonte à - 25 avant notre ère. Aujourd’hui, sur sa rive ouest, on y trouve les ruines d’une partie de l’Hôtel-Dieu médiéval (lire ici l’article du JDA #903), la salle des malades. Rive est, un canal comblé dans les années 50 vient de refaire surface. Il est étudié jusqu’à la fin du mois par le service d’archéologie préventive d’Amiens Métropole suite à un diagnostic prometteur de janvier 2018. Une sauvegarde pour l’histoire avant la construction à cet endroit de la deuxième salle de La Lune des pirates.

 

UN ÎLOT PRÉSERVÉ

 « Le canal est dans son jus de Mai 40, expose Richard Jonvel, qui mène les fouilles. Cette zone a été détruite par les bombes incendiaires, et c’est le seul endroit du quartier qui n’avait pas été reconstruit vers 1947-1948. » Au nord de la parcelle, trois maisons datant de la reconstruction, érigées en lieu et place d’un bâti industriel du XIXe siècle, viennent d’ailleurs d’être détruites – ici se trouvera le studio d’enregistrement de La Lune. Quant à la partie sud, ancien parking où se construira la salle de concert, c’est une mine d’or pour les médiévistes comme Richard Jonvel. Lesquels, à Amiens, « attendent encore leur heure ». Car c’est surtout la ville antique qui a jusqu’alors livré ses secrets : « Saint-Leu, au Moyen Âge, était le quartier le plus dense, mais on n’en sait presque rien. Peu à peu, nous retrouvons des pièces du puzzle ».

 

VESTIGES DE TANNERIES

 Ces fouilles en apportent une nouvelle : « L’appareillage actuel du canal date des XVIIIe et XIXe siècles mais ce chenal est là depuis l’époque antique. Il était, au Moyen Âge, longé par des tanneries ». En témoignent les restes de trois grandes cuves qu’on estime du XVe siècle environ : « Une première à Amiens ! ». Dont une en bois de plus de deux mètres de diamètre. Préservé par l’eau qui affleure, le bois est l’un des grands atouts de ce chantier. Revers de la médaille : il y a peu d’objets (“mobilier” en langage archéologique) à découvrir car « le long des canaux, les gens jetaient les choses à l’eau ». Mais l’essentiel reste le bâti : « Le premier canal mentionné dans les textes date du XIe siècle (!), de l’époque des moulins, dont nous n’avons d’ailleurs aucune trace ». D’où l’importance de telles fouilles pour « mieux dater les constructions des berges ». Et lever le voile qui entoure Amiens au Moyen Âge.

//Jean-Christophe Fouquet