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Elle court, la Mélanie d’amour

Elle a appris à courir derrière les vaches à la ferme. Mélanie Doutart, 27 ans, futur médecin et championne de Picardie de cross, est porteuse de la mucoviscidose. Une maladie qui a emporté un frère et une sœur.

Elle court, la Mélanie d’amour  © Laurent Rousselin – Amiens Métropole
« 27 ans, c’est jeune pour une coureuse de fond »
© Laurent Rousselin – Amiens Métropole

24.02.2016

JDA 788

Zéro degré ou presque sur la piste Urbain-Wallet d’Amiens. Ce soir-là, ils sont une trentaine, réchauffés, à enchaîner douze séries de 333 mètres. Le maillot rose de Mélanie Doutart sort du lot mais éblouit surtout par sa régularité de métronome. Il y a deux ans, la jeune femme n’avait jamais couru à part dans les pâtures de la ferme parentale. Le 6 mars, elle ira défendre ses chances aux championnats de France de cross au Mans après être devenue la dernière championne de Picardie de l’histoire. Une éclosion à couper le souffle. Mars 2014, l’étudiante en médecine s’inscrit avec une copine, « un peu pour voir », au semi-marathon de la Coulée verte, bouclé en 1h38 et à la septième place, puis à L’Amiénoise qu’elle avale en 43 minutes. À la rentrée suivante, Mélanie rejoint le groupe d’entraînement du bienveillant Philippe Barbier à l’Amiens UC. Coup de foudre pour un sport, et même pour un athlète, Arnaud Michel devenu son compagnon. “Méloudou”, surnom donné par le “coachou” Barbier, ex-entraîneur de Chantal Langlacé, qui arrange les séances en fonction des gardes et des astreintes de cette interne en huitième année de médecine, allonge alors les foulées et fait tomber les temps, sans jamais se départir de ce sourire. Élevée au grand air des environs de Péronne, cette terrienne assumée qui rêve d’ouvrir son cabinet de médecine générale en campagne le reconnaît : « Je n’ai jamais baigné dans le sport ».

 

UN GÈNE SUR DEUX ATTEINT
Mélanie a sans doute la course dans les gènes. Mais ce que la science a réellement détecté dans son patrimoine, c’est le germe de la mucoviscidose, une maladie affectant les poumons. Une saleté qui a frappé sa famille. Son père et sa mère ont eu la douleur de perdre un premier fils de 1 mois puis une fille de 3 ans et demi que Mélanie n’aura pas connus. « Mes parents sont pudiques sur ce sujet, c’est quelque chose dont on ne parlait pas, ou peu, confie la championne. Moi, je ne suis pas malade, juste porteuse. Un gène sur deux est atteint. Ça risque d’abîmer les bronches et de générer des insuffisances respiratoires après 50 ans ». En attendant, elle court. Sans voir ses journées passer et vers des lendemains radieux : « 27 ans, c’est jeune pour une coureuse de fond. »

//Antoine Caux