Votre navigateur est obsolète!

Mettez à jour votre navigateur pour afficher correctement ce site Web. Mettre à jour maintenant

×

Autodidacte de 32 ans, David François sort avec Régis Hautière, amiénois comme lui, le tome I d’un homme de joie et se voit consacrer une exposition pour ses dix ans de carrière lors des rendez-vous de la BD des 6 et 7 juin.

Encre ici David François © Laurent Rousselin – Amiens Métropole
David François, ici dans la librairie Bulle en stock. Le dessinateur est l’auteur de la couverture de ce JDA
© Laurent Rousselin – Amiens Métropole

27.05.2015

JDA 760

New York, 1932. Les gratte-ciel s’élèvent. Sacha, qui fuit Staline et la famine, débarque. Dans Un homme de joie, on tutoie les nuages le jour, la crasse mafieuse la nuit, et on plonge avec cet Ukrainien taiseux dans la ville monstre, titre du premier des deux tomes parus chez Casterman. Juste avant notre rencontre avec David François, ce crâne lisse dégingandé revenait justement d’un deuxième voyage à New York. Une intrigue à Big Apple le motivait. Il nous en offre sa vision autant qu’il démontre sa maîtrise des perspectives et son sens du cadrage. Le dessinateur à la barbiche se définit comme un narrateur d’images. Un metteur en scène. « Je ne touche pas à l’histoire ni aux dialogues. » Il a laissé Régis Hautière s’en charger. Les deux Amiénois partagent un atelier dans les locaux d’On a marché sur la bulle. Et pas mal de références au catalogue : L’Étrange Affaire des corps sans vie (Paquet), où l’hommage graphique à Tim Burton est assumé, De briques et de sang (KSTR), génial polar au Familistère de Guise, tout en huis clos et nuances de gris, ou encore La Guerre des Lulus d’Hautière et Hardoc où François assure la colorisation. Pour Un homme de joie, il s’est voulu « plus pictural ». « Je réinvente à chaque livre », dit celui qui ne se verrait pas s’engager dans une longue série. Bizarrement, c’est par celle de l’inépuisable XIII que le gamin de 15 ans, qui s’est toujours débrouillé avec un crayon et s’amusait à dessiner Dragon Ball Z, accroche avec la BD. Pour faire plaisir aux parents, il passe un bac S, s’inscrit à l’IUT génie civil…
« J’ai tenu trois mois ». Cet admirateur de Georges Grosz et de Toulouse-Lautrec entre à l’École supérieure d’art et de design d’Amiens mais l’aventure dure moins d’un semestre… L’homme se fait tout seul. Multiplie les concours pour jeune auteur. Court les séances de dédicaces pour présenter son travail aux pointures. Et acquiert un style où transpire l’empreinte de l’expressionniste allemand Otto Dix. Sa patte : plutôt que la précision, la recherche « d’une autre façon de montrer le réel ». Les visages sont difformes mais disent beaucoup des personnages. Dans Cicatrices de guerres (éd. de La Gouttière), sa gueule cassée a ainsi les traits d’une passoire. « Je veux que la beauté du dessin soit au service de la narration… »Ce sera le patron de Bulle en stock, “the” librairie BD d’Amiens, qui lui fera rencontrer Régis Hautière : voilà un premier contrat pas cher payé mais qui rassure papa et maman et lui permet de « lâcher le taf au Mc Do ». Depuis David n’arrête pas de plancher : dessinateur, coloriste, intervenant dans les écoles et en prison, enseignant à Paris et à la fac d’arts d’Amiens… Et dix ans que ça dure. Ça valait bien une petite rétro aux 20es Rendez-vous de la BD d’Amiens. Longtemps inquiets, monsieur et madame François risquent d’être fiers.

//Antoine Caux

 

Une du JDA 760