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Cette année, le zoo d’Amiens aura accueilli deux tigres et un nouveau directeur : le danois Michael Sørensen, 44 ans et physique de viking, pour qui le parc sert à faire comprendre qu’il faut sauver l’environnement. 

Enføurcher le tigre  © Laurent Rousselin / Amiens Métropole

20.05.2020

JDA 944

Les Vikings sont de grands voyageurs. Et Michael Sørensen (avec ce o barré à prononcer “eu”) a le goût de l’aventure, « une chance que permet le monde des parcs zoologiques ». Le périple du biologiste danois l’a déjà emmené diriger des zoos au Royaume-Uni, à Dubaï, dans le Tarn et, désormais, à Amiens où il a posé son drakkar avec madame et pris ses fonctions le 2 mars. C’était quatorze jours avant de devenir le directeur d’un zoo confiné pour cause de pandémie mondiale, un mois après l’ouverture de la saison du parc amiénois qui était celle des grandes nouveautés incarnées par l’arrivée de deux tigres de Sumatra. Michael Sørensen parle un français souriant qu’il a appris au lycée du côté de Funen, l’une des îles principales du pays du Lego. Il s’est toujours imaginé « travailler avec les animaux, l’environnement, le vivant » même s’il se serait bien vu historien à défaut de devenir biologiste. L’homme, l’animal... ce n’est qu’un tout. Ménya et Tilak, les deux tigres, auraient dû être les vedettes de ce printemps. « Une espèce emblématique qu’il faut sauver. Le retour des fauves à Amiens, un zoo avec une très bonne réputation, est un événement qui participe à faire venir les gens de loin. » Mais ne lui demandez pas de choisir son animal favori. « Tous les animaux sont passionnants parce que tous s’adaptent à leur environnement. Exactement comme je suis adapté pour être un humain en 2020. Chaque espèce est importante pour son écosystème. Et c’est la portée d’un zoo que de faire comprendre qu’il faut protéger le monde, chacun à son échelle. »

 

UN STEAK A D’ABORD ÉTÉ UN ANIMAL

Parle-t-il danois ou français aux animaux du parc ? Il rigole : « Ils s’en fichent de ta langue. Ils voient ton comportement. “Comment tu es” est bien plus important que “ce que tu dis”. Les babouins, par exemple, sont hypersensibles à nos signaux et analysent très rapidement nos intentions. En comparaison, nous, en tant qu’humains, nous sommes aveugles... » Une recherche “Michael Sørensen” sur Google nous a amenés sur un bad buzz comme le Net sait en faire. Le zoo danois qu’il dirigeait avait organisé en 2015 la dissection scientifique d’un lion mort de sa belle mort pour un public consentant (le traitement des cadavres décédés est très encadré dans les zoos qui doivent les tenir à disposition des autorités scientifiques ou pédagogiques). Fin de la polémique : « La vocation d’un zoo, c’est la pédagogie », scande-t-il. L’homme voudrait montrer que « tous les animaux ont la même valeur, du lion au poulet... Qu’ils méritent le même respect. Quand les gens achètent leur viande au supermarché, ils ne doivent pas oublier que ce jambon ou ce steak a d’abord été un animal, avec une vie, qui a été tué pour que moi, humain, je mange ». Il n’en est pas pour autant végétarien.

 

VIKINGS, LA SÉRIE


Même s’il vient de s’avaler la série Vikings, Michael le voyageur n’a pas le manque du pays. « Vous savez, entre Amiens et Copenhague, il y a 1 100 kilomètres. Pas plus qu’entre Amiens et Nice. » Il regrette juste quelques pains danois mais apprécie le bon rouge et s’amuse de notre côté gaulois réfractaire – « Quand vous, les Français, vous êtes contre quelque chose, vous êtes assez obstinés ». Le confinement l’a empêché au quotidien d’enfourcher son vélo si répandu au Danemark. Il a déjà enfourché le tigre. C’est de saison.

//Antoine Caux