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Gérard Guillouzic, 55 ans dont quinze dans un fauteuil. Atteint d’une sclérose en plaque, il a laissé Camon pendant une année pour réaliser un tour du monde à vélo, tiré par son fils et quatre amis. 

Et pourtant, il tourne  © D.R.
« J’ai fait ce voyage grâce à la sclérose en plaque. Pas “à cause” »
© D.R.

14.10.2015

JDA 773

Son fauteuil électrique paraît peser une tonne. Et le rive aux tommettes de son pavillon camonois, là où « la vie reprend son cours ». Pendant un an, Gérard Guillouzic s’est senti léger comme un oiseau. Libre comme la brise qui lui a caressé les joues sur les côtes d’Afrique du Sud. Écarquillé ses billes bleues à New York. Ou l’a grisé à 100 km/h en descendant la Cordillère des Andes. Gérard Guillouzic est ce que le jargon administratif appelle une personne à mobilité réduite. Sauf qu’il vient de tourner autour de la Terre à vélo, dans une remorque tirée par son fils Yvan et quatre amis d’enfance. L’odyssée a permis de sensibiliser à la sclérose en plaque et de rencontrer ceux confrontés, ailleurs, à la maladie de Gérard. Une saleté qui atteint le système nerveux et provoque des coupe-circuit entre le cerveau et le corps. Chez ce Breton, le diagnostic tomba en 1988, une semaine après la naissance d’Yvan... Le débit des phrases est lent. Mais les bons mots fusent : « Les garçons s’échangeaient les vélos. Moi, je ne prêtais ma carriole à personne... ». Les leçons de vie, aussi : « J’ai fait ce voyage grâce à la sclérose en plaque. Pas “à cause” ».

 

DES IMAGES PLEIN LA TÊTE

Trois mois après le retour, il avoue qu’il se réveille en se croyant encore sous la tente qu’ils montaient et démontaient tous les jours. « On a tellement d’images dans la tête. » Pêle-mêle : les chutes du Niagara, l’arrivée de nuit à Manhattan, le safari près du Cap, la politesse des Japonais, l’auberge de jeunesse en Lettonie au quatrième sans ascenseur... Le moment le plus difficile ? « Sortir de Lille au départ, répond-il. Avec les gars, il n’y avait pas de problèmes. Je suis surpris de leur force de caractère face aux difficultés. » Elles furent surtout d’ordre matériel. « Mais les casses mécaniques brisent la routine et génèrent des rencontres », positive le fiston Yvan, biberonné aux voyages en famille pour lesquels le fauteuil du papa n’a jamais été un handicap. Depuis juillet, tout le monde a retrouvé son quotidien. Pour Laurence, l’épouse, « c’est la course ». Gérer les aides à domicile, les rendez-vous chez les spécialistes qui se sont multipliés avec la chute de Gérard en fin de parcours : une banale culbute sur un trottoir à 30 km de l’arrivée et c’est la hanche qui flanche, puis un rein qui s’infecte... Après cette année particulière, Laurence voudrait un peu penser à elle : « Et apprendre l’arabe, il me semble qu’il y a pas mal de gens à aider ». Gérard, lui, ne s’interdit pas de repartir. « Dans l’autre sens... »

//Antoine Caux