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Alexandra Épée s’est installée à La Machinerie pour développer 
Lulé Studio. Ses lampes baladeuses se promènent jusqu’à l’étranger. 

Et sa lumière fuse  © Laurent Rousselin-Amiens Métropole
« Quand je suis partie d’Amiens il y a dix ans, il n’y avait pas cette dynamique. Ça bouge beaucoup maintenant ! »
© Laurent Rousselin-Amiens Métropole

10.10.2018

JDA 890

Elle nous ouvre tout sourire son bureau à La Machinerie – ce tiers-lieu dédié au coworking et à l’innovation rue de la Vallée – où naissent ses délicats abat-jour. Alliant son goût pour les matières (cuir, bois, feuille d’ardoise...) et son amour pour la scène, Alexandra Épée fabrique de A à Z ses ”baladeuses”. « Je décline les matériaux et croise les disciplines. Mes lampes portent des fermetures Éclair qui renvoient à la mode... » Ou aux costumes de théâtre. Car à 31 ans, la jeune femme a une belle expérience de la scène. Danseuse au conservatoire et guitariste dès 5 ans. Puis apprentie comédienne au collège Édouard-Lucas et au lycée La Hotoie. « J’étais en filière scientifique, c’était atypique d’étudier le théâtre et les arts plastiques. Certains professeurs estimaient que je me dispersais. »

DIPLÔMÉE DES ARTS-DÉCO

En terminale, elle se rend aux portes ouvertes des Arts-Déco à Paris avec sa mère. « C’était beau, grandiose... Je me suis dit que ce serait mon école. » Le bac S en poche, elle s’inscrit en prépa et passe une dizaine de concours. Bingo ! « Mon but était de devenir scénographe, j’ai toujours aimé être dans les coulisses, fabriquer. » Cinq ans plus tard, à sa sortie, elle œuvre pour de petites troupes mais aussi pour la Comédie-Française, le Théâtre de Gennevilliers, réalise avec deux amis Gram(in)ophone pour le Festival des jardins de Chaumont-sur-Loire en 2013. « En parallèle, je concevais des vitrines pour l’industrie du luxe. Un travail manuel et minutieux, difficile mais formateur. Puis j’ai voulu raconter mes propres histoires. » En 2014, au sein d’une coopérative culturelle, elle fonde son entreprise LuLé Studio. Ce mot douala, langue du Cameroun d’où est originaire son père, signifie façonné ou lumineux selon l’accentuation. « Parfait. » Concentrée désormais sur le design d’objets – « même s’il s’agit toujours d’habiller un espace » –, Alexandra travaille comme un artisan : « Je couds à la main, c’est plus joli et solide ».

DES CRÉATIONS SUR MESURE

L’Amiénoise savoure son retour au bercail près des siens. « J’ai quitté Paris pour ne pas y laisser trop de plumes. C’est compliqué d’y faire sa place. Quand je suis partie d’Amiens il y a dix ans, il n’y avait pas cette dynamique. Ça bouge beaucoup maintenant ! » Depuis février, elle profite de La Machinerie, de son émulation et du matériel mis à sa disposition au Fablab (imprimante 3D, découpe laser...). « Tout a pris forme, j’ai intégré le programme d’incubation Starter pour relancer la machine et trouver des clients. » Mais certains l’avaient déjà repérée au salon Maison & Objet de Paris en 2015, où elle fut primée, ou à la télé, dans un reportage de La Maison France 5, en 2016. Six de ses créations ornent depuis peu la Dun Aluinn House, un gîte prestigieux dans la campagne écossaise. « J’ai une collection de base mais je fais aussi du sur-mesure. » Le nouvel hôtel-restaurant Soho House d’Amsterdam lui a justement commandé des abat-jour de 1,20 mètre d’envergure. Des particuliers, récemment au Luxembourg, lui achètent aussi ses lampes aux noms exotiques – Essam, Pan, Jonga, Lobà, la dernière-née aux motifs étoilés – sur sa boutique en ligne. À terme, Alexandra souhaiterait concevoir aussi miroirs, horloges, appliques... « J’ai des carnets remplis d’idées. » Et nous l’impatience de les voir façonnées.

//Coline Bergeon