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Ils ont tous les deux 94 ans et bon pied bon œil. Gaston et Odette Ghyselinck fêteront leurs 74 ans de mariage en mai. Ces sémillants Amiénois nous ont reçus pour une part de galette et des tranches de vie. 

Et surtout la santé !  © Laurent Rousselin - Amiens Métropole

16.01.2019

JDA 900

Vous faites quoi, vous, le jeudi ? Odette et Gaston, eux, ont 94 ans et à 7h30 : « On est dans l’eau au Nautilus. Mais on ne nage plus que 600 mètres... » Et comment s’y rendent-ils ? « Bah ! En voiture, voyons », s’offusquerait presque Odette. C’est d’ailleurs souvent madame qui conduit, elle qui a eu son permis en 1956 dans les rues d’Amiens, « et du premier coup ! ». On savait que ce couple, marié un 19 mai 1945, battait des records de longévité. Moins que ces nonagénaires, quatre fois arrière-grands-parents, nous épateraient d’être si fringants. Capables de se fixer des résolutions pour 2019 : « Il faut être raisonnable, on va arrêter le jardin ». Mais pas les cures : en mars, ils iront pour la trente-huitième fois à Bourbonne-les-Bains (Haute-Marne). En amoureux et en train, comme des grands. « On a déjà eu les honneurs de la presse, là-bas. Nous sommes un peu devenus les coqueluches du médecin. » Gaston a le regard bleu et rieur.

 

« AVEC GASTON, FAUT SUIVRE... »

Dans leur maison de la rue Edmond-Rostand, seules quelques assiettes et des canevas au mur trahissent leur âge. Ils vous parlent pourtant d’un temps qu’ils sont désormais les seuls à avoir connu. Odette a le sens de la formule : « Ensemble, on en a vu ! ». Notamment la tour Perret fendre le 
ciel amiénois : « On trouvait 
affreux de voir ce truc se bâtir 
à côté des petites maisons »,
 avoue Odette, 25 ans à
 l’époque. Gaston, devenu 
cheminot, retapera une 
maison bombardée à Longueau avec les moyens du bord : « Je me suis retrouvée à refaire la toiture. Avec Gaston, faut suivre... , soupire madame qui, en plus de faire les ménages, se mettra même à la batterie pour accompagner son accordéoniste de mari devenu une vedette des bals. Mais bon, avec soixante-quatorze ans de mariage, ça va quand même ».

 

LA BONNE ÉTOILE

Leur vie est un livre d’histoire. Leur rencontre, un roman. 1943. Gaston, orphelin à 12 ans, quitte Lille pour échapper aux Allemands. Avec une valise et son accordéon, il se cache à la campagne et dégote un service civique rural dans une ferme de Wiencourt-l’Équipée dans la Somme... le village d’Odette. Un jour de septembre, les Allemands emmènent Gaston direction Mesnières-en-Bray. Il ne le sait pas mais les travaux de terrassement pour lesquels on l’a réquisitionné serviront aux missiles V1 orientés vers l’Angleterre. « Sur place, on devait se faire enregistrer. Mais la personne m’a discrètement redonné ma carte d’identité. Je ne sais pas pourquoi mais c’était un signe. » Gaston comprend qu’il doit fuir. « J’ai prétexté un mal de ventre, le chef du chantier m’a dit : “Va te soulager dans les bois”. » Il ne le reverra plus. « On a le culot de ses 20 ans », dit-il aujourd’hui. Il saute dans le premier train, se cale contre une bonne sœur, croit en sa bonne étoile. Et rentre à Wiencourt. « J’ai toujours eu de la chance », commente-t-il en mangeant la galette. Dans la foulée, c’est Gaston qui a eu la fève.

//Antoine Caux