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Yolande Djimadoum a fui la guerre au Tchad. Trente ans plus tard, avec son association L’Un et L’Autre, elle aide les femmes de Val-d’Avre à sortir de la détresse.

Femme de cœur © Laurent Rousselin – Amiens Métropole
« J’ai grandi dans une famille où on était libre d’aller où on voulait »
© Laurent Rousselin – Amiens Métropole

22.03.2017

JDA 323

Les apparences sont trompeuses. Yolande Djimadoum, directrice de l’association L’Un et l’Autre, ne se prétend pas féministe. Et les sollicitations pour la Journée de la femme ne l’enchantent guère. Car pour elle, le combat est quotidien. Avec son association, basée au 116, de la rue Victorine-Autier, elle s’investit pour l’insertion des femmes les plus démunies. Des ateliers les accueillent chaque jour : cuisine, couture, jardinage, soutien scolaire pour les enfants, aide à la recherche d’emploi… En participant aux Marches exploratoires, un dispositif de l’État dans les quartiers prioritaires, les adhérentes ont même rencontré deux ministres en février. Elles leur ont transmis leurs doléances concernant le quartier Val-d’Avre. « Ce travail les valorise et démontre que leur avis compte. »

 

VINGT-DEUX ANS D’ENGAGEMENT
Arrivée à Amiens en 1985 pour fuir la guerre au Tchad, Yolande Djimadoum est une battante. Et déteste l’échec. « Quand je suis arrivée, j’allais vers l’inconnu. Il a fallu se battre pour faire sa place. Tout comme pour faire vivre cette association. Vingt-deux ans plus tard, notre travail est reconnu. » Mariée et mère de trois enfants, Yolande s’évade au cinéma et adore voyager. Mais peut aussi écouter jusqu’à 23h une adhérente en détresse. « Certaines arrivent en pleurant et repartent en souriant. Même quand je suis fatiguée, je reste positive en m’inventant un voyage imaginaire. »

 

« LES ÉTUDES AVANT LE MARIAGE »
Indépendante, curieuse, sociable et généreuse, elle a créé l’association avec quatre voisines pour aider les femmes à sortir de chez elles. « On a commencé par un atelier de coiffure. C’est devenu une structure d’insertion sociale. Au départ, on voulait accompagner les familles. Finalement, ce sont les femmes. » Yolande Djimadoum a refusé la vie à la maison : « J’ai grandi dans une famille où on était libre d’aller où on voulait. Mon père, qui a fait ses études à Grenoble avant de revenir en Afrique, a encouragé ses enfants à travailler. Il disait : “Les études avant le mariage” ». Alors elle est allée à l’université, a obtenu un poste au musée d’Orsay, est passée assistante documentaliste, puis médiatrice culturelle. À la maison, son mari participe aux tâches ménagères et à l’éducation des enfants. Les garçons donnent un coup de main et s’occupent aussi de leur petite sœur handicapée. « C’est mon modèle, témoigne Chérine, 37 ans. Je suis arrivée du Maroc avec un enfant de 2 ans. Mon mariage avait capoté. Pour moi, l’association est une balise. » Ici, les femmes se perdent dans les problèmes de couple, le mal du pays, les enfants, la violence parfois. De belles histoires s’écrivent aussi. Une adhérente devenue éducatrice spécialisée, une autre mannequin à Londres, une troisième aide-soignante… Elles font la fierté de Yolande Djimadoum.

//Lysiane Voisin