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L’un est humanitaire, l’autre colonialiste : tout sépare Guy de la Motte Saint-Pierre de son homonyme de grand-père, auteur de 3 000 clichés stéréoscopiques. Histoire d’un héritage revenu de l’oubli. En 3d.

Guy et Guy : des vies en stéréo © Laurent Rousselin - Amiens Métropole
« Son amour de la technique a dû le rapprocher des frères Lumières »
© Laurent Rousselin - Amiens Métropole

11.10.2017

JDA 852

Il se dit « soulagé » que la fortune familiale « ait été dilapidée » par ses aînés. Guy de la Motte Saint-Pierre n’hésite pas non plus à tronçonner son nom, celui d’un fils de la haute bourgeoisie parisienne. Sur son répondeur, il s’appelle GDLMSP. Et c’est un original du J’accuse ! de Zola qui orne les murs de son appartement de la rue Jules-Barni. Pas des portraits d’ancêtres. Pourtant, c’est à lui qu’est revenu le fonds photographique de son grand-père qui détenait 6 000 hectares de plantations à Madagascar. « On m’a dit, “tiens, tu t’appelles Guy, comme lui, c’est pour toi”, raconte-t-il. Mais les photos d’un vieux colonialiste, je n’en avais rien à faire. Les Blancs qui apportaient la civilisation ? La blague ! » Car le jeune Guy, 70 ans aujourd’hui, a mené une vie à l’opposé de ses origines : « De 1971 à 1975, j’étais en Inde pour l’association Frères des hommes. J’ai vécu la guerre, les enfants morts, les bidonvilles de lépreux. On n’oublie pas ». Il a ensuite travaillé dans l’insertion économique et présidé pendant des années l’association On a marché sur la bulle. Rien à voir, donc, avec son homonyme (1871- 1945), qu’il n’a pas connu : « Il était d’extrême droite. Il a financé la Cagoule (organisation proche du fascisme, ndlr) ! Mais cela ne sert à rien d’être dans le déni, il faut tirer des leçons de l’histoire ».

LA 3D DE LA BELLE ÉPOQUE
Avec le temps, le petit-fils s’est intéressé aux photos de son grand-père. Des vues prises avec un appareil stéréoscopique de 1895. Tirées sur plaques de verre, mises dans une visionneuse Taxiphote, elles apparaissaient en 3D. « Son amour de la technique a dû le rapprocher des frères Lumière. Un de leurs films sur le carnaval de Nice reprend quasiment le même axe qu’une de ses photos. » En tout, il y a environ 3 000 images. Avec son ami photographe Patrick Poulain, Guy s’est attelé à les ressusciter. « Nous avons fait un premier tirage. Le résultat était magique. On a continué. » 120 clichés ont été restaurés, dont 60 en stéréoscopie “moderne”. « Il en reste environ 800 intéressantes. Il y a du boulot ! »

LE MONDE EN PHOTOS
Des guerriers kényans, des courses automobiles, des paquebots : tout un passé revit ici, de l’Afrique à l’Europe du Nord. Matériel et photos sont d’ailleurs visibles à la galerie Synapse Insertion jusqu’au 21 octobre. Fibre sociale, toujours : entre 20 et 50 % du prix de vente des tirages limités reviennent à l’association. « Nous espérons une autre expo à Paris avec le chocolatier Berthelot. Il utilise du chocolat de la plantation Robert, celle de mon grand-père. Une plaque a même été faite en son hommage. » Car l’aïeul honni se serait révélé « une sommité dans le domaine. De tous les planteurs de cacao, il aurait laissé la meilleure trace ». Entre cette découverte et l’analyse de photos qui révèlent « un regard plutôt empathique, humain », le petit-fils en vient parfois à se dire : « À force, je vais finir par l’aimer, ce c… ».

//Jean-Christophe Fouquet

Photographies anciennes 1900-1905, par Patrick Poulain et Guy de la Motte Saint-Pierre Exposition jusqu’au 21 octobre à Synapse Insertion (83, rue Victorine-Autier)