Votre navigateur est obsolète!

Mettez à jour votre navigateur pour afficher correctement ce site Web. Mettre à jour maintenant

×

Après plus de trente ans de loyaux services cinéphiliques, Gilles Laprévotte, programmateur du cinéma Orson-Welles, rend les clefs cette semaine. Mais pas sans transmettre sa passion. 

L’âme d’un défricheur  © Laurent Rousselin - Amiens Métropole
Gilles Laprévotte est l’un des fondateurs du Festival du film d’Amiens, « pour montrer des films invisibles en salles »
© Laurent Rousselin - Amiens Métropole

07.10.2015

JDA 772

Il se dit « marxiste, tendance Groucho », reprenant l’expression du célèbre faux moustachu : « Je ne participerais jamais à un club qui m’accepterait comme membre ». Pourtant, ses cheveux longs sont pour beaucoup synonymes d’un club, celui de la cinéphilie. Depuis 1981, Gilles Laprévotte programme le cinéma à la Maison de la culture. Au départ, c’était sporadique, « quand il y avait de la place », jusqu’à ce que des travaux en 1993 ne donnent naissance au cinéma Orson-Welles. Un nom « synonyme de modernité », selon son programmateur. Après son départ en retraite cette semaine, son cinéma organisera un cycle consacré à l’auteur de Citizen Kane. La boucle est bouclée.

 

D’ABIDJAN À AMIENS

Mais l’amour du cinéma d’auteur, du cinéma du monde, du cinéma qui tente, remonte à plus loin chez cet enfant des colonies né à Abidjan en 1952, arrivé à Amiens en 72 pour ses études de lettres, et qui se considère comme « un piètre fils de militaire ». Après une jeunesse passée comme tout le monde à regarder « des Angélique en espérant voir un bout de sein », un enseignant lui donne la flamme. Puis 2001, l’Odyssée de l’espace lui procure un choc cosmique. À sa seconde vision, lors d’une projection débat, il réalise « que non seulement on peut retourner voir un film, mais en plus en parler avec passion ». Plus tard, c’est dans un resto U d’Amiens qu’il croise la « bande d’hurluberlus » de la revue Ciné Critique, « l’arbre séminal ». Ils fonderont une institution : le Festival du film d’Amiens. Pour « montrer des films que nous défendions, invisibles en salles ».

 

« J’AI EU DE LA CHANCE »

Un travail de défricheur : « Nous sommes là pour ça, comme le voulait Malraux. Et si le public s’élargit, tant mieux. Si tu programmes un premier film ouzbèque, il ne faut pas s’attendre à remplir la salle. Quand nous avons accueilli Robert Guédiguian à ses débuts, j’avais honte du peu de monde présent. » Le cinéaste sera pourtant reconnaissant. Tout comme Mike Leigh, à qui Amiens a rendu le premier hommage. Gilles Laprévotte lui a d’ailleurs consacré l’un de ses nombreux ouvrages. S’il ne fallait retenir qu’un thème parmi ses écrits, ce serait celui de l’Indien, que l’on retrouve dans Texaco Moon Blues (2011) poème rédigé lors d’un de ses voyages en terre américaine. Avec le recul, cet amoureux de Fellini, de Godard ou d’Oshima avoue avoir eu « de la chance » et vécu « une belle aventure ». Mais pour lui « maintenant, il faut transmettre ». Comme il l’a toujours fait.

//Jean-Christophe Fouquet