Votre navigateur est obsolète!

Mettez à jour votre navigateur pour afficher correctement ce site Web. Mettre à jour maintenant

×

Né du street art, père du collectif Streetbarroco, l’amiénois Thibault Papin s’avoue chanceux. Aidé de bombes et de pinceaux, il crie ses aspirations dans la rue ou son atelier.

L’art d’écrire en dessinant  © Laurent Rousselin – Amiens Métropole
« La peinture est une addiction jouissive »
© Laurent Rousselin – Amiens Métropole

25.11.2015

JDA 778

Longtemps après notre entrevue, vers 21h30, Thibault Papin, peintre amiénois autodidacte, nous a envoyé par mail la toile recherchée dans l’après-midi. Le Massacre des innocents, peint « en réaction à l’œuvre globale de Daesh et notamment au pogrom du cirque de Palmyre perpétré en mai », prenait à cet instant tout son sens. Nous étions vendredi, en ce treizième jour macabre de novembre. Ce jour-là, dans son atelier niché en centre-ville, envahi par l’odeur de peinture, Thibault Papin avait déroulé avec minutie son interprétation d’une toile d’El Greco. Son Christ en croix intitulé She gives love when men build hell * révèle une femme « synonyme d’amour, de paix et de vie alors qu’elle est encore mal considérée », accuse l’artiste qui dénonce à coup de jets colorés ce que le monde lui inspire. Sous ses allures de philosophe posé, le bientôt quadragénaire s’insurge contre la dévotion et ses guerres fratricides, une tasse de thé vert bio à la main.

 

LES MURS COMME DES ŒUVRES
Il débute dans l’art en 1989 et s’affiche parmi les premiers à investir la rue et ses murs. Berlin, Rome, Bordeaux, Lille, Paris… « Des Sabines, un Laocoon, un zeste de Constructivisme matissopicassien et du graphe harmonieux », qualifie Marie-Domitille Porcheron, maître de conférence à l’UPJV. Avec le collectif StreetBarroco, les murs deviennent ainsi des œuvres. L’influence new-yorkaise se devine en même temps que Picasso, Braque, Twombly, Le Caravage ou Rubens l’inspirent. « Je travaille plusieurs techniques à la fois. L’écriture, c’est le dessin. Si tu as un problème avec l’écriture, alors tu dessines », avoue le peintre qui s’exerce en croquant des scènes musicales du groupe amiénois Diaz Connection. Il confesse peindre sans cesse parce que « la peinture est une addiction jouissive ». Quand il pratique et peaufine encore sa technique, il est
« dans l’expérience de faire ». Ses natures en clair-obscur, ce contre-jour peint dans la Drôme ou cette vue d’immeuble plombée d’un ciel orageux offrent un autre aperçu de son travail pour « une nature plus belle que la nature ». Une quête d’exigence dopée par ses rencontres avec l’artiste Claude Manesse, le collectif parisien 9ème Concept ou les Amiénois Dominique Grain et Patrice Laplace.

//Ingrid Lemaire

(*) Elle donne l’amour quand les hommes construisent l’enfer.