Votre navigateur est obsolète!

Mettez à jour votre navigateur pour afficher correctement ce site Web. Mettre à jour maintenant

×

Anne Jeanson, bibliothécaire à Amiens Métropole, vient de publier Palace aux éditions L’Harmattan. Un premier roman aussi attachant que prometteur

L'envol d'une plume © Noémie Laval
"J'ai eu envie d'écrire pour être lue, être écoutée"
© Noémie Laval

17.05.2017

JDA 839

Un grand crème en terrasse, place Gambetta. Une ambiance familière qu’elle aurait pu décrire dans son premier roman paru en avril chez L’Harmattan, dans lequel Amiens s’invite dans le décor. Anne Jeanson, brunette menue, look décontracté, apprivoise et attend, à quelques jours de sa séance de dédicaces à la librairie Martelle, les retombées que lui vaut sa première publication. « Mon livre fait 139 grammes, ce n’est pas grand-chose, murmure-t-elle. Et ma signature est un peu pourrie. » (Rires) Incertaine, modeste, secrète aussi. Palace, titre de ce bébé littéraire conçu presque d’une traite l’été dernier, fait pourtant preuve d’une identité très affirmée. Un style étonnant, captivant qui vous enivre en deux pages et pour deux petites heures jusqu’au point final.

 

UN SENS À L’EXISTENCE
Pas un roman policier, mais un road movie sentimental, une immersion dans le cœur « exzémateux » de Lise Berger, adulescente en quête d’amour. Ce passage à l’âge adulte, où l’on cherche sa place et un sens à notre existence, trouve ici une incarnation touchante et une plume imagée, musicale, délicate… Un climat aussi, celui du Palace, arrière-plan fertile et personnage presque principal de cette fiction aux quelques notes autobiographiques. Cette colocation, communauté amicale aux loyers impayés, à la fièvre artistique, nourrie de musique et de substances illicites, d’engagement politique et de voyages, Anne l’Abbevilloise l’a connue à Pont-de-Metz, après avoir atterri à la fac de lettres en 1996 à Amiens « sans trop savoir ce que j’allais faire dans la vie ». Une maison à qui elle dédie son roman. « Je crois que j’ai réglé une sorte de frustration. Celle d’être restée toujours au bord. » Une aventure moins « banale » qu’elle le croyait. « Mes amis de cette époque le sont encore et la musique occupe une place toujours aussi importante dans notre groupe. » S’ils apparaissent dans ce roman affublés de surnoms, « une mode entre nous », Anne s’est pourtant gardée de leur dire qu’elle s’était mise à écrire. « Je leur ai annoncé tout d’un coup : que j’avais écrit un livre, qu’ils en faisaient partie et que j’étais publiée ! »

 

UN STYLE SALUÉ
Depuis, leurs textos et messages fleurissent : « Ils sont très enveloppants, comme je l’attendais ». Car cette jeune quarantenaire, chargée des collections à la bibliothèque Le-Petit-Prince à Amiens, avoue n’avoir jamais pris la plume comme on tient un journal intime. « J’ai eu envie d’écrire pour être lue, être écoutée. » En 2012, poussée par ce désir, elle envoie deux premiers romans à des maisons d’édition. « On a salué mon style et cette ambiance de vie collective qui faisait déjà partie du décorum. Ça m’a boostée. » Et puis, il y a trois mois, la réponse de L’Harmattan arrive… « J’étais dans le fantasme de l’édition, plaisante-t-elle, mais j’ai reçu un mail entre midi et deux, avec un contrat en pièce jointe. Beaucoup moins sexy que ce que j’imaginais. » Mais pour cette lectrice de Houellebecq, admiratrice du style envoûtant de Simon Liberati, l’expérience semble déjà rassérénante, réparatrice même : « J’avais peur de l’échec ». Encouragée par ses collègues, ses parents, sa famille, notamment ses enfants à qui elle n’a lu que des « moments joyeux » de Palace, Anne commence à prendre des notes pour la suite. « Il me faut du silence pour écrire… Je pense que ce n’est pas le meilleur moment maintenant ! » Car ses 139 grammes font déjà du bruit.

//Coline Bergeon