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L’homme aux multiples visages

En novembre 2005, Bernard Devauchelle réussissait la première greffe partielle du visage à Amiens. Depuis, le professeur est devenu un chirurgien connu et reconnu.

L’homme aux multiples visages © Laurent Rousselin – Amiens Métropole
« L’esprit commence et finit au bout des doigts »
© Laurent Rousselin – Amiens Métropole

03.02.2016

JDA 786

Chef du service de chirurgie maxillofaciale au CHU d’Amiens, auteur de la première greffe de visage en 2005. Ça en jette ! Pas plus que ça par pour Bernard Devauchelle qui ne court pas après les distinctions, pourtant nombreuses. C’est même contre son gré, comme il s’en amuse, qu’il a intégré l’Académie de chirurgie et celle de médecine. Mais les postes prestigieux à Paris, les mandats politiques, les présidences d’université, un siège à la Pitié-Salpêtrière… à tout cela il a tourné le dos au cours d’une carrière dédiée aux visages. « Je suis né à Saint-Leu, rue des Parcheminiers. Je suis fier d’être amiénois. Donc je reste chez moi. »

 

PASSIONNÉ DE MUSIQUE ET DE POÉSIE
Plus littéraire que scientifique, friand de Balzac et de Soljenitsyne, Bernard Devauchelle se serait bien vu écrivain. « L’écriture est ma passion intime, elle me sauvera de la dépression. Et la poésie de la mort », livre-t-il. Son bureau où s’exposent les moulages de crâne de patients défigurés ressemble à l’atelier d’un sculpteur. « J’ai décidé d’être médecin, spécialisé en psychiatrie, au moment du bac. Mais en quatrième année, après un stage en chirurgie, j’ai eu la révélation, raconte-t-il. C’est aussi une histoire de plaisirs tactiles. » Car opérer, c’est comme pianoter. En l’occurrence l’orgue qu’il apprend pendant ses études de médecine, jusqu’à quatre heures par jour, avec Gérard Loisemant, l’organiste de la cathédrale d’Amiens. « J’ai joué dans des églises durant des années en redoutant la fausse note. Et bien, c’est la même peur aujourd’hui devant la table d’opération. Même si au bloc, je veille à garder une part d’humanité et une autre d’inhumanité, comme le dit Paul Valéry. Il faut conserver une certaine froideur pour rester concentrer », reconnaît le chirurgien qui opère en musique, souvent sur des airs d’opéra.

 

ASSURER UNE RELÈVE EXPERTE
« L’alpinisme est un autre de mes plaisirs, plus difficile à pratiquer à Amiens ! Gravir l’aiguille Verte du mont Blanc est un rêve d’enfant. Comme en chirurgie, c’est la maîtrise du geste et cet équilibre à trouver qui m’attire. Un certain danger aussi quelque part. » À 65 ans, l’homme à la blouse blanche joue les prolongations après avoir assuré la formation d’une relève experte. « Le père doit se laisser tuer avec résistance, respecter l’indépendance d’esprit et ne pas transmettre une marque indélébile. » Au-delà des centaines de vies réparées, Bernard Devauchelle léguera aussi l’Institut Faire Faces, le premier centre d’études et de recherche dévolu à la défiguration. Un dernier rêve bientôt réalisé à… Amiens.

//Kaltoume Dourouri