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Françoise Desmaret, enseignante amiénoise à la retraite, anime les événements locaux en picard et en tenue d’hortillonne. Le 20 mai, Brigitte Fouré lui remettra la médaille de Commandeur de l’ordre des palmes académiques.

La Picardie dans la peau © Laurent Rousselin – Amiens Métropole
« Quand je pense à mon père, j’ai ses expressions dans la tête »
© Laurent Rousselin – Amiens Métropole

04.05.2016

JDA 797

« E j sus fin bénéze ed vos r'treuver por in-ne nouvelle s'main' avuc rud'meint d z'invités*. » Françoise Desmaret, c’est d’abord une voix. Une voix éraillée et enjouée que les auditeurs de l’émission T’es d’min coin sur France bleu Picardie connaissent bien. Vice-présidente de l’Agence pour le picard, Françoise fait vivre cette langue et n’en revient pas : « L’autre jour, j’étais chez le coiffeur. Derrière moi, une cliente demande : “C’est pas la dame de la radio ? ». Enseignante à la retraite, elle n’avait pas prévu tout ça. À 61 ans, elle ne chôme pas. « Tout a commencé en 2013 quand Didier Soyer m’a sollicité pour l’fête ed chés mingeux d’gueugues au parc Saint-Pierre. J’ai raconté cette histoire locale en picard et en tenue d’hortillonne. Le bouche-à-oreille a fonctionné », se souvient Françoise. Vernissage d’expositions, ouverture d’un circuit touristique, animations de repas “les tchots soupers”, participation à l’émission Midi en France…

 

« GRANDS FAISEUX, PETITS DISEUX »
L’emploi du temps est bien rempli. « C’est par plaisir, précise cette grand-mère de deux fillettes de 6 et 10 ans. Elles m’ont dit : “Mamie, il faut refaire ton pot de départ en retraite. Ça n’a pas marché !” Mais moi, j’ai besoin de me rendre utile », assume-t-elle. Travailleuse acharnée, elle commence ses journées dès l’aube et « se dope au gingembre ». Un trait de caractère qu’elle retrouve au fil de ses lectures sur les Picards, « des grands faiseux et des petits diseux ». « J’ai beaucoup d’admiration pour ces travailleurs de la terre, humbles, simples et authentiques. Mais la pomme de terre me donne des haut-le-cœur ! » L’humour fait partie de son succès. Originaire de Villers-Faucon, cette hortillonne d’adoption ne descend pas d’une famille de maraîchers. Mais ses parents, une mère au foyer et un père employé à la Sucrerie de Sainte-Émilie, cultivaient leurs légumes. Son père lui a donné le goût de la langue picarde : « Quand je pense à lui, j’ai ses expressions dans la tête ». Enfant, elle n’avait pas le droit de parler picard à l’école. À la maison, devant un invité, on se taisait. « On trouvait cette langue vulgaire et pas jolie. » Pendant longtemps, Françoise Desmaret ne l’a donc pas parlée. Depuis, elle se rattrape. Contes et légendes de Picardie, poèmes d’Édouard David, personnalités célèbres et dictons météo des anciens : elle s’intéresse aux textes et à l’histoire locale. L’ancienne enseignante ne fait pas de théâtre. Mais pour captiver ses élèves de maternelle, elle a appris à placer sa voix et à se mettre en scène. Et raconter des histoires, ça, elle pratique depuis longtemps !

//Lysiane Voisin

(*) Je suis très heureuse de vous retrouver pour une nouvelle semaine avec beaucoup d'invités