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Alors que les célèbres visites en barque ont redémarré le 1er juillet, accostage dans ces fragiles jardins sur l’eau, millénaires mais plus que jamais dans l’air du temps.

Le pays sans âge des hortillonnages © Laurent Rousselin - Amiens Métropole

08.07.2020

JDA 951

«On n’est ni à Amiens, ni en 2020. » C’est un touriste qui le dit pour sa première en barque dans les hortillonnages. Et si c’étaient ça les vacances ? À l’heure où ceux qui peuvent partir se questionnent sur leur destination post-pandémie, les 300 hectares d’îlots et de canaux, de hérons et de canetons à vol d’oiseau du centre-ville incarnent une jolie réponse. C’est d’ailleurs chaque fois les vacances – et pas mal d’huile de coude – pour les 850 propriétaires insulaires qui en ont fait leur résidence secondaire pour pas cher. Pas d’eau ni d’électricité mais des cabanes en bois, en rocaille, en tôle ou en piètre état qui faisaient écrire au journal Libération en 2004 : « Les hortillonnages sont l’univers de la bricole et de l’expression libre. Une rareté précieuse dans nos villes normées ».

 

L’ABANDON PUIS LA RENAISSANCE
Ici, tout le monde se dit bonjour, se rend service. Beau et folklo. Et désormais hypertendance. Car aux célèbres balades en barque de l’Association de sauvegarde qui viennent de redémarrer, ce sont ajoutés le Festival art & jardins en 2010 – devenu depuis le Festival international de jardins – Hortillonnages Amiens (lire ici) – et, nouveauté 2020, les visites depuis Le Jardin des vertueux (lire ici). Le site aurait pu pourtant être anéanti. 1970 : les maraîchers disparaissent, l’intérêt économique avec. Des friches et du barbelé partout, à mille lieues de la dimension loisir d’aujourd’hui. Et puis un sauveur : Nisso Pelosof. Ce Juif grec, déporté de la mer Égée à Auschwitz, contraint de rester en Picardie où il fut soigné du typhus, y achète une parcelle en 1953. Et mène la fronde contre un projet de rocade en 1974.

 

UN ÉQUILIBRE À TROUVER
« C’était le gars qu’il nous fallait », résume René Nowak. C’est aujourd’hui lui le patron. Ce maraîcher historique vient de prendre la présidence de l’Association de sauvegarde des hortillonnages.  « Le tourisme se développe mais il faut être vigilant, dit-il. Il faut un équilibre car si les hortillonnages sont envahis, les particuliers s’en iront et l’entretien ne se fera pas. » D’autant qu’un marché noir de la balade apparaît, entraînant surfréquentation et manque à gagner puisque, pour tout visiteur “officiel”, 1 € est reversé à l’entretien du site. « Les canaux sont certes publics mais nous font regarder chez le privé, rappelle Paco du Jardin des vertueux. Il ne faut pas faire rentrer des masses de touristes, ne pas nuire au secteur et à sa tranquillité. » « On a un devoir », image René Nowak en gardien du trésor et de l’esprit 

//Antoine Caux

Balades en barque (54, boulevard de Beauvillé) : 03 22 92 12 18

 

Le chiffre

135 000

Soit le nombre de personnes ayant embarqué en 2019 dans les barques de l’Association de sauvegarde depuis le boulevard de Beauvillé. À la fin des années 1990, on ne comptait que 50 000 visiteurs par an.