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Décédé il y a dix ans, Nisso Pelossof fut le sauveur des hortillonnages. Sémillant, séducteur,  ce grec avait connu l’horreur des camps. « ma parcelle m’a aidé à renaître à la vie », disait-il.

Nisso Pelossof, coeur fertile © Laurent Rousselin - Amiens Métropole

06.09.2021

JDA 983

Nisso. Dix ans après le décès en mai 2011 de Nisso Pelossof, son nom flotte encore dans les célèbres jardins sur l’eau des hortillonnages, où ceux qui l’ont connu en parlent comme d’un âge d’or et d’un cœur tendre à la nouvelle génération de propriétaires. Certains disent même « Monsieur Nisso ». Dans cet endroit hors du temps, l’homme au destin hors du commun, né sur l’île de Rhodes et dont le prénom (Nyssim) signifiait miracle en hébreu, n’était pourtant pas à cheval sur le protocole. « Il mettait les gens à l’aise, raconte son fils Boris. À la grecque ! »

LA ROCADE TOMBE À L’EAU
Les gens, il les embarque avec lui en 1973 quand un projet de pénétrante est-ouest doit traverser les hortillonnages. C’est l’heure du tout-voiture et encore celui du plein-emploi dans les usines qui offrent alors un autre horizon que le labeur de la terre. Sauf qu’ici, Nisso y a son petit jardin d’agrément et de bonheur. Il mobilise. Cohue à la première assemblée générale. « On y allait avec ma soeur pour voir ces gens venus écouter papa, se souvient Boris. Il était séducteur, plutôt beau gosse et tellement persuasif. » L’Association pour la protection et la sauvegarde des hortillonnages voit le jour. Le projet de rocade s’éteint. Mais le combat demeure. Selon son fils, « comme il n’était pas d’ici, il a eu ce recul pour relancer l’intérêt de ce bien commun que sont les hortillonnages aux yeux des Amiénois ». 160 000 visiteurs le découvrent depuis chaque année.

 

LES 100 ANS DE SA NAISSANCE
Nisso Pelossof, qui aurait eu 100 ans cette année, a eu une destinée de cinéma, lui qui aimait l’image. Déjà à Rhodes, il se fait un peu d’argent en prenant les touristes en photo, sa passion, et apprend ainsi l’italien, le français. Accomplira son rêve en ouvrant à Amiens son atelier de photographe chaussée Saint-Pierre. Aura travaillé avant cela sur le plateau des Enfants du paradis, bossé pour Paris Match. Une vie de lumière après les ténèbres.

 

AUSCHWITZ, LE TYPHUS ET LA FRANCE
Juillet 1944. Il est déporté avec la communauté juive de son île grecque vers Auschwitz. Quand les Soviétiques approchent en janvier 1945, il est transféré à Mauthausen au cours de ces marches de la mort. À la Libération, un soldat de la France libre lui donne un uniforme, le fait passer pour un militaire. L’administration lui demande son lieu de naissance : le fonctionnairecomprend Rodez au lieu de Rhodes. Le voilà à Paris pour soigner son typhus…

 

MESSE EN PLEIN AIR
Suivront la rencontre avec Janine son épouse, l’installation à Amiens, la découverte des jardins sur l’eau : D’une île à l’autre, c’est le titre de son autobiographie. Il évoquera souvent l’émotion de sa femme quand elle posa le premier pied sur la parcelle en 1953. Il avait cette formule : « Chaque voyage dans les hortillonnages est une messe en plein air ». Les premières visites de touristes se feront avec sa barque. Dans un documentaire de Jean-Christophe Piffaut (France 3/Chamaerops), Nisso le sage sourit : « Le préfet m’a dit que c’était illégal, que je risquais la prison. Je lui ai dit : “J’ai connu les camps de concentration, ça ne me fait pas peur” ». Dans la foulée, il obtenait quatre barques et un feu vert. C’était Nisso.

//Antoine Caux

 

Nisso Pelossof en cinq dates 

  • 1921 Naissance à Rhodes (Grèce).
  • 1944 Déporté avec la communauté juive de l’île grecque à Auschwitz.
  • 1951 S’installe à Amiens avec son épouse.
  • 1975 Président de l’Association pour la protection et la sauvegarde des hortillonnages. Il le reste trente-deux ans.
  • 2009 Retourne à Auschwitz en accompagnant des collégiens d’Arthur-Rimbaud.