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Cet entraîneur attachant et attaché à ses athlètes distille sa gentillesse et ses anecdotes dans son micro de speaker sur toutes les courses, comme le 11 décembre au cross d’Amiens Métropole.

Philippe Barbier, courir d’aimer © Laurent Rousselin - Amiens Métropole
« Dans le rôle de speaker, je suis comme un poisson dans l’eau »
© Laurent Rousselin - Amiens Métropole

30.11.2016

JDA 818

Chez Philippe Barbier, les phrases commencent par une majuscule. Et se terminent par un éclat de rire. Inlassablement, cette voix, bien connue de tous ceux qui se sont déjà alignés sur un 5 ou un 10 km, s’accompagne d’un sourire tendre. Comment présenter cet homme de 67 ans ? Entraîneur d’athlétisme. Speaker : « Dans ce rôle, je suis comme un poisson dans l’eau ». Ex-prof d’histoire-géo (et pas de sport, parce qu’un maître-nageur l’avait traumatisé en lui mettant la tête sous l’eau). Amoureux des cartes, des dates, des chiffres :
« L’athlétisme réunit tout ça ». Machine à anecdotes comme ce soir de 1977 où, enseignant à Doullens, il décide de rentrer en courant : 32 km avalés en deux heures tandis que son collègue, Christian Manable, aujourd’hui sénateur, prend le cartable dans sa voiture…

 

LES PHOTOS PUNAISÉES AU MUR
Son logement à Saint-Acheul, quartier où il est né, est un gentil capharnaüm. Dans le couloir, des vélos. Au mur, des photos et des articles de presse masquent le papier peint un peu défraîchi sur lequel il punaise aussi le passage du chauffagiste ou le planning de son groupe d’entraînement composé de 70 athlètes à l’intérieur de l’Amiens Université Club, qu’il retrouve tous les soirs. Plus qu’un appartement, un bureau. Avec des classeurs dans les bibliothèques où sont triées, par année, feuilles de temps et coupures de journaux. Avec une chambre d’ami prête à dépanner, comme ce fut le cas pour le Rwandais Jean-Pierre Mvuyekure, réfugié politique, un temps aperçu à Amiens, qui n’a que ses pieds pour vivre et à qui Philippe Barbier paya une paire de chaussures. Monsieur a des surnoms pour tout le monde. “Méloudou” pour Mélanie Doutart (vainqueur de La Jules-Verne 2016). “Fannou” pour Fanny Leleu, ex-athlète devenue cycliste qu’il suit dans tous les cols de France. « Gamin, j’avais appelé ma tante Solange “Tata losange” par rapport à la forme de son visage. Ma première contrepèterie », rigole Philippe. Lui, tout le monde l’appelle “Coachou”. Un peu nunuche ? Non, symbole de sa bienveillance. Car Philippe Barbier, c’est le genre à ratisser le bois de Cagny avant l’entraînement pour qu’aucun de ses athlètes ne glisse sur les feuilles mortes.

 

LA COUR DU GRAND-PÈRE EN MINISTADE 1956.
Dans La Voix des sports, Philippe, 7 ans, lit les exploits du Soviétique Kuts sur
5 000 mètres. Chez le grand-père, ancien poilu, à Berteaucourt-lès-Thennes, il transforme avec son frère Jean-François la cour en ministade. Plante des piquets pour le saut en hauteur. Creuse un butoir pour le saut à la perche. Trace des marques tous les 100 mètres sur la route de Thézy-Glimont… « J’étais aussi passionné de cyclisme. Mais je n’avais pas de vélo… » Premières compétitions d’athlé à 13 ans. Examens d’entraîneur à 19. Sa patte ? « Ne pas recruter des champions. Je préfère suivre les coureurs dès leurs débuts. » À l’instar de Chantal Langlacé qu’il entraîne de ses 13 ans à ses records du monde du marathon et du 100 km. À l’école, il met un point en plus à ses élèves qui font le cross. « Il y a des gens forts et des gens moins forts. Ce qui m’intéresse, c’est l’exploit à la hauteur de ses moyens. Je fais attention à tout le monde. C’est peut-être ça que les gens apprécient quand je suis speaker. Je nomme aussi les inconnus. » Oui, Philippe a un grand cœur.

//Antoine Caux