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Bernard Joannin, 67 ans, caractère froid assumé. Le président de l’ASC, à la tête de 30 magasins et 1 000 salariés, a savouré tout en retenue la montée en ligue 1, déjà concentré sur la suite. 

Président en état de glace  © Laurent Rousselin - Amiens Métropole
« On arrive en Ligue 1 comme le petit garçon dans la cour de récréation »
© Laurent Rousselin - Amiens Métropole

07.06.2017

JDA 841

Pour fêter la montée d’Amiens en Ligue 1, Bernard Joannin ne s’est accordé que quelques verres entre amis. « Le plaisir fut immense mais de courte durée. Dès le lendemain, je travaillais à la saison prochaine, nous persuadent ces yeux bleus givrés. Vous savez, il n’y a pas loin du Capitole à la roche Tarpéienne. » Comprendre : les honneurs n’empêchent pas la chute à venir. Aujourd’hui, Amiens rit. Mais le président, arrivé en 2009 en même temps qu’une insoupçonnable relégation en troisième division, n’a pas oublié les heures sombres. « Je remercie d’ailleurs tous les actionnaires et les partenaires qui m’ont accompagné au fin fond du National... Ils ont cru à l’histoire que je leur racontais. »

 

PROF DE SPORT

Y croyait-il, lui, à son histoire quand, à l’aube des premières saisons, il maîtrisait mieux les slogans (“1 000 jours pour réussir”, “38 matchs, 38 combats”) que son sujet ? « Bien sûr. Sinon, on ne le fait pas. Je ne sais jamais le jour ni l’heure où ça va marcher. Mais je sais que ça va marcher. » À l’origine, Bernard Joannin était prof de sport. En 1990, il abandonne shorts, baskets, sifflets. Enfin, désormais, il les vend. Madame a une petite boutique à Albert. Lui voit plus grand. Ouvre un Intersport à Dury. Puis deux, puis trois... Aujourd’hui, son business totalise 30 magasins en France et plus de 1 000 salariés. « Le chef d’entreprise a un rôle social qui n’est pas assez mis en avant en France, déplore-t-il depuis son lumineux siège à Glisy. Entrepreneur, c’est le plus beau métier. » Juste devant enseignant ? « Le professorat est une formidable école du management : motiver 30 personnes, sans les payer, à jouer au rugby un lundi matin par – 2 °C est un vrai défi... »

 

ANGOISSÉ PENDANT LES MATCHS

Reste que la success story a été plus lente à venir en foot que dans les affaires. « Dans les deux cas, mon rôle est de donner les moyens à mes collaborateurs de faire leur travail. » Cet ancien joueur de tennis de table de première division parle moins de foot que d’une entreprise de “spectacle footballistique”. « La vedette, c’est le terrain. Je ne suis jamais angoissé avant ou après un match. Mais pendant, oui. C’est le seul moment où l’on s’en remet à l’aspect aléatoire du sport. Ça apprend l’humilité. » Bernard Joannin a tâtonné un peu. A dû apprivoiser le milieu. Mais a fini par trouver ces experts du ballon sur qui s’appuyer : Christophe Pelissier, le coach faiseur de miracles avec le petit club de Luzenac arrivé en 2015, et John Williams, son conseiller, homme de l’ombre et de réseau qui « a su recruter intelligemment avec la 17e masse salariale de la Ligue 2 ». Le miracle est encore attendu en Ligue 1. « Restons Picards, les pieds sur terre. On se retrouve face à un challenge énorme, face à des équipes au budget pharaonique. » Celui de l’ASC avoisinera les 24 millions d’euros. Celui du PSG : 450 millions. Là encore, Bernard Joannin reste de marbre : « On arrive comme le petit garçon dans la cour de récréation ». Petit mais la tête froide.

//Antoine Caux