Votre navigateur est obsolète!

Mettez à jour votre navigateur pour afficher correctement ce site Web. Mettre à jour maintenant

×

Rencontre avec Nimrod, écrivain tchadien. Plusieurs fois récompensé pour ses œuvres, l’auteur fait son entrée chez Gallimard.

Radicalement poète © Murielle Szac
« La poésie est violente et verticale, comme un coup de foudre »
© Murielle Szac

01.03.2017

JDA 829

On l’écouterait inlassablement. Le poète, romancier et essayiste tchadien Nimrod s’est établi à Amiens il y a une quinzaine d’années avec sa femme originaire d’Albert. C’est à Méaulte où il s’est installé depuis peu, à l’abri des ondes – « je suis électrosensible » – qu’il travaille désormais. « Mais que le jour », sourit-il. En ce moment, l’élégant écrivain a une actualité brûlante : cinq ouvrages paraissent cette année. « Toute sortie est une aventure. Il y a les interviews, les conférences… » En février, aux éditions Bruno Doucey, Nimrod a publié L’Enfant n’est pas mort – roman où il fait revivre Mandela et l’écrivaine sud-africaine Ingrid Jonker – mais aussi 120 Nuances d’Afrique, une anthologie coétablie avec Bruno Doucey et Christian Poslaniec pour le 19e Printemps des poètes.

 

FUIR LA GUERRE CIVILE
Le 9 mars, il entrera dans la prestigieuse collection Poésie/Gallimard avec J’aurais un royaume en bois flottés, anthologie personnelle 1989-2016. Une reconnaissance ? « Oui, même si mes éditeurs m’ont toujours défendu. Sur les berges du Chari, paru en 2016, s’est bien vendu. Ce qui est difficile en poésie. » Cet ouvrage où Nimrod convoque son pays, qu’il a quitté dans les années 80 à 25 ans pour fuir la guerre civile et poursuivre ses études à Abidjan puis à Paris, lui a valu le prix Pierrette-Micheloud. Un énième laurier pour l’écrivain déjà maintes fois récompensé. « J’ai eu la chance d’être reconnu dès mes débuts. » Son premier recueil, Pierre, poussière, paru en 1989, a en effet obtenu le prix de la Vocation. « Ça a failli me tuer, plaisante-t-il. Je ne comprenais pas… J’enseignais en Côte d’Ivoire. Mon manuscrit avait été accepté par les éditions Obsidiane. Ce fut puissant, fondamental. » Tout comme son enfance au Tchad où il retourne tous les ans, « mais pas plus de dix jours… Ce pays est décapant ». S’il s’est mis à écrire « tardivement », à 16 ans, Nimrod a néanmoins « baigné naturellement » dans la poésie. Sa mère était une « excellente conteuse ». Auprès de son père, pasteur luthérien, à qui il doit son prénom, référence au fondateur de la tour de Babel, il fut nourri à la multiplicité et la beauté des langues (le kim sa langue maternelle, le haoussa, le peul, le français…), aux textes poétiques de la Bible et ceux des cantiques. « Quand je marche avec ma femme, des rimes me reviennent ». Puis il y eut Péguy, Saint-John Perse, Proust, Aragon…

 

L’HÉRITAGE DE SENGHOR
« Le blues, le jazz, la philosophie sont venues après. Sans le poète je ne serais pas devenu romancier et essayiste. La poésie est violente et verticale, comme un coup de foudre. Je mets des années à faire un recueil d’une centaine de pages. » Le 4 mars, à la bibliothèque Louis-Aragon, à l’invitation d’Amiens Métropole pour le Printemps des poètes, vous goûterez à la saveur de ses écrits lors d’une lecture d’extraits de son anthologie. Vous pourrez aussi apprécier sa conférence sur la négritude et les avant-gardes occidentales. Sans doute parlera-t-il de Senghor, grâce à qui il obtint une bourse pour sa thèse de philosophie soutenue en 1998 à l’université de Picardie Jules-Verne et à qui il rendit hommage dans deux ouvrages, mais aussi outre-Atlantique. « À l’occasion du centenaire de sa naissance, en 2006, j’ai été invité à donner des cours à l’université du Michigan… J’y suis retourné depuis. Leur amour pour la culture française est bluffant. Ils étudient des auteurs et artistes dont nous avons oublié les noms. Ces campus sont un monde à part… » À part, tout comme lui.

//Coline Bergeon