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De la guerre, il reste surtout des tombes. Gérard Lobry, enseignant et directeur de l’école les Violettes, sensibilise chaque année ses élèves. Et éclaire les tragédies d’hier. 

Relayeur de passé  © Laurent Rousselin / Amiens Métropole
« Derrière la fleur au fusil, il y a le silence des morts »
© Laurent Rousselin / Amiens Métropole

06.11.2019

JDA 927

On associe les bleuets aux poilus. Et les coquelicots aux soldats du Commonwealth. Les élèves des Violettes, eux, virevoltent de tombe en tombe. De nation en confession, sans distinction. La scène se déroule chaque année peu avant le 11 Novembre, au cimetière de Saint-Acheul. Ici, à quinze minutes à pied de l’école primaire, reposent 2 774 soldats de la Grande Guerre. Un alignement de pierres blanches qui impressionne les CE2-CM1 de Gérard Lobry, enseignant et également directeur des Violettes, rue Soufflot, quartier Québec. Celui par qui tout a commencé. C’était en 2003, lors de l’arrivée à Amiens de cet ancien Isarien qui a déjà sillonné à VTT la Norvège, l’Islande et même la Turquie pendant la guerre du Golfe « Au moins il n’y avait pas de touristes ». Depuis ce temps, ce féru de polars nordiques à la voix douce et aux tempes grisonnantes fait participer ses élèves à toutes les cérémonies du 8 Mai et du 11 Novembre. Et emmène sa classe au cimetière une fois par an, « pour qu’ils voient concrètement les effets de la guerre ».

 

LA RÉALITÉ DES COMBATS

À 57 ans, Gérard Lobry, formé en histoire contemporaine, se veut « passeur de mémoire ». Point de patriotisme : « Les enfants voient ainsi la chance qu’ils ont de vivre en paix. Que la guerre n’a rien de joyeux. Que derrière la fleur au fusil, il y a le silence des morts ». Une leçon qu’ils n’oublient pas. Notamment ceux de 2013-2014, année d’un appel à projets de l’Éducation nationale sur la Grande Guerre. Et pour lequel Gérard Lobry avait une idée.

 

CHEZ L’AMBASSADEUR

Il avait repéré à Saint-Acheul deux tombes inhabituellement proches l’une de l’autre. Celles du pilote Perry (24 ans) et du mécanicien Parfitt (21 ans), dont l’avion s’était écrasé le 16 août 1914, faisant d’eux les premières victimes britanniques du conflit – et les seules enterrées à La Madeleine avant leur transfert à Saint-Acheul. Cette tragique histoire d’aviateurs, bien loin du service militaire de Gérard Lobry passé à prendre des photos en hélicoptère, ses élèves et lui allaient la raconter. Ils ne savaient pas encore que cela les mènerait jusqu’à l’ambassade du Royaume-Uni, en 2015, « en mode “Ferrero Roche d’Or”, à côté de l’Élysée. C’était incroyable ». Puis à côtoyer les grands d’Europe à Thiepval en 2016. D’autres élèves participeront même en 2018 à une cérémonie retransmise à la BBC.

 

UNE ALLÉE PERRY À LA CITADELLE

Pour en arriver là, il y eut des recherches. Sur la panne de l’avion, comment le modèle fut retiré du front suite à cet accident au décollage. Mais aussi des lettres, au président de la République, au prince de Galles, à l’escadron des aviateurs. « Nous avons toujours eu des réponses. Puis des visites, des invitations. La Royal Air Force nous a ouvert des portes qu’elle n’ouvre même pas aux écoliers anglais ! » Dernières étapes de cette épopée : l’installation en novembre 2018 d’une stèle sur un rond-point près du CHU, là où l’avion est tombé. Puis, le 14 septembre dernier, le nom de Perry donné à une allée de la citadelle. De quoi graver dans le marbre le désir de « forger les consciences de demain » qui anime Gérard Lobry. Pour que ces rangées de croix ne s’étendent plus.

//Jean-Christophe Fouquet