Votre navigateur est obsolète!

Mettez à jour votre navigateur pour afficher correctement ce site Web. Mettre à jour maintenant

×

À 34 ans, Ludovic Rio est l’heureux papa de deux bébés : un petit garçon et une grosse BD chez Dargaud, Aiôn. On y retrouve son amour de l’expérimentation et de la science-fiction.

Rio bravo ! © Laurent Rousselin - Amiens Métropole
« Plus qu’un beau dessin, je cherche un dessin lisible »
© Laurent Rousselin - Amiens Métropole

15.05.2019

JDA 912

En deux ans, il y a eu du mouvement dans la vie de Ludovic Rio. Un nouveau logement, un enfant et, à partir de ce 17 mai, un album de bande dessinée. De quoi mettre dans la lumière ce discret bédéphile plus habitué aux salles obscures qu’aux feux de la rampe. La déco de sa maison à Saint-Maurice, où il coule des jours tranquilles au bord de l’eau, distille les goûts de cet artiste à la pilosité flamboyante : Blacksad ici, Le Faucon maltais ou Reservoir Dogs là. Du grand public, peut-être, mais de qualité. Le principal est pour lui d’être lu et compris, tout en explorant : « Plus qu’un beau dessin, je cherche un dessin lisible ». D’où son amour de la ligne claire.

 

TRITURER LA BD
Après la faculté des arts d’Amiens, où il a découvert la BD et le cinéma, il a notamment vécu à Angoulême, la mecque du neuvième art, pour y suivre ses études et participer à l’aventure Polystyrène. Cette maison d’édition « plutôt confidentielle » lui servira de laboratoire : polar en trois points de vue simultanés grâce à trois cahiers à feuilleter parallèlement (Lignes noires, 2012), différentes évolutions d’une même histoire grâce à des filtres rouge / bleu (Polychromie, 2013), façade et récit décomposés en volets d’un dépliant (Principes de conservation, 2018)

 

CHEZ UN POIDS LOURD DE L’ÉDITION
Ces expérimentations, on les retrouvait aussi dans ses BD du journal en ligne Télescope (2012- 2014), pour lequel il est revenu à Amiens. Avant de s’y fixer à plusieurs titres : auteur complet et graphiste pour Fakir. Mais aussi inconditionnel des Rendez-vous de la BD et de leur « formidable travail ». De cet équilibre est né Aiôn, son premier album conséquent (130 pages !) pour l’un des poids lourds de l’édition française. Un essai transformé après diverses tentatives infructueuses : « Quand l’e-mail de Dargaud est tombé, le jour de mon anniversaire en plus, j’étais fou ! ». Il signe son contrat en novembre 2017. D’un format à l’italienne (horizontal) en noir et blanc, la BD devient verticale et en couleurs suite aux conseils de Dargaud : « Ces gens aiment vraiment le livre et donnent leur chance à de jeunes auteurs. Quand ils disent quelque chose, je les écoute ! ». À l’arrivée, Aiôn, c’est « comme si Alien se poursuivait en Un jour sans fin », résume l’auteur, pour qui le cinéma n’est jamais loin. Même s’il se refuse à trop lier les deux arts : « En BD, les images coexistent, au cinéma, un photogramme chasse l’autre. La BD a son langage propre ».

 

ENFANT DES ANNÉES 80
L’œuvre condense ainsi les obsessions de Ludovic Rio, enfant des années 80 biberonné à Retour vers le futur : l’espace, le temps, la manipulation. Mais de façon moins expérimentale qu’auparavant. Ce récit en boucle n’est pas sans rappeler les mécaniques du jeu vidéo. Il faut dire que le trentenaire est aussi, depuis peu, devenu gamer. Ces divers centres d’intérêt ne l’empêchent pas de mettre le nez dehors. Comme sa dédicace à Bulle en stock (le 18 mai, à 14h) ou cette récente sortie en kayak qui fut l’occasion de se rappeler « qu’on a une belle ville ». Avant de retourner à ses story-boards crayonnés et à son bébé.

//Jean-Christophe Fouquet