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Le service d’archéologie préventive d’Amiens Métropole fouille 
une nouvelle portion de la Zac Jules-Verne, marquée par des occupations gallo-romaines. Enjeu : 500 ans d’organisation rurale. 

Sous les betteraves, la Gaule 1 © Laurent Rousselin / Amiens Métropole
Une cave romaine à deux niveaux avec four de boulanger.
© Laurent Rousselin / Amiens Métropole

09.12.2020

JDA 965

Un rectangle crayeux de 2,5 hectares, cerné de champs, à deux pas d’Amazon. C’est là, Zac Jules-Verne de Boves, que le service d’archéologie préventive d’Amiens Métropole mène un nouveau chantier de fouilles jusqu’au 22 décembre. « La Zac est un terrain extraordinaire, il n’y a que cinq sites de ce genre dans le nord de la France », s’enthousiasme Yves Le Bechennec, en charge des opérations. Vu du sol, c’est assez cryptique : des taches sombres, de petits marqueurs, d’énormes trous de pelleteuse séparés et numérotés afin de bien connaître la provenance de chaque vestige.

 

DANS LES PAS DES GAULOIS

Deux époques se superposent ici, au gré des quelque 380 trous de poteaux répertoriés : la gauloise (IVe et IIIe siècles avant notre ère) et la romaine (IIe et IIIe siècles). Ce qui ne manque pas de surprendre l’archéologue : « C’est rare de voir une occupation rurale romaine reprendre les fossés ouverts à la période gauloise. Ils préféraient les terres vierges, plus productives ». Alors pourquoi ? « Peut-être un périmètre marqué qu’ils ont réutilisé, comme une haie », s’interroge Yves Le Bechennec. La ligne de terre retournée qui délimite une grande partie du chantier sera analysée : « Si l’on trouve beaucoup de petits animaux, cela ira en ce sens. Quatre siècles pour une haie, ce n’est pas improbable, tant qu’il n’y a pas de remembrements à la pelle mécanique ! » s’amuse l’archéologue.

 

OSSEMENTS D’ANIMAUX

Sur la partie gauloise, « on lit en tout seize habitats », dont il ne reste pas grand-chose. De l’époque romaine, reconnaissable par la façon de tailler les blocs de craie, quatre caves ont surgi, dont une boulangerie. Maçonnées, elles portent des traces de fours, de soupiraux ou d’étagères. Une imbrication parfois complexe. Mais les deux époques semblent avoir été entièrement rurales : Samarobriva n’existait d’ailleurs pas à l’époque purement gauloise, sa présence n’étant attestée qu’au début de notre ère. Hypothèse retenue : une ferme du temps des Gaulois et une bergerie sous les Romains. Des ossements de chiens et de moutons ont été retrouvés ensemble. Principales questions en suspens : comment étaient structurées les exploitations, et quelles étaient leurs relations, notamment de souveraineté, avec les alentours ? L’enquête se poursuit.

//Jean-Christophe Fouquet

 

Sous les betteraves, la Gaule 2 © Laurent Rousselin / Amiens Métropole

Des os de chiens et de moutons.

© Laurent Rousselin / Amiens Métropole

 

// ZAC JULES-VERNE : QUINZE ANS DE FOUILLES

L’aménagement de la Zac Jules-Verne sur des terres arables a engendré une quinzaine d’années de fouilles sur environ 200 hectares, menées par l’Institut national de recherches archéologiques préventives. En 2019, un diagnostic du service d’archéologie d’Amiens Métropole sur 30 hectares
 (en amont d’une extension de 
la Zac) a révélé de nouvelles traces d’habitats gaulois et romains sur ce plateau bordé par la Somme et l’Avre. D’où ce chantier de fouilles ciblées, entamées le 13 octobre dernier. Pour ce faire,
 les betteraves ont été récoltées précocement, en accord avec la 
CCI et l’exploitant agricole qui reprendra les semis en janvier. La Zac Jules-Verne poursuit son voyage extraordinaire
 dans le temps.

 

// L SERT À QUOI ?

C’est l’un des mystères des lieux : deux grandes bandes (70 et 30 mètres) qui forment un L hors de l’enclos principal, en direction de l’Avre. « Il y avait déjà des fossés comme cela sous Amazon, rappelle Yves Le Bechennec. Le phénomène est récent, on ne sait pas encore à quoi cela servait, mais cela correspond à l’occupation gauloise. Une société bien gérée, aux espaces pérennes. Il y a forcément une raison. » Mais laquelle ?

 

Sous les betteraves, la Gaule 3 © Laurent Rousselin / Amiens Métropole

© Laurent Rousselin / Amiens Métropole

 

// QUELLE PÉRIODE ?

La partie gauloise du site appartient 
à la protohistoire, celle des peuples sans écriture répandue. Elle témoigne de la révolution du néolithique : sédentarisation, passage à l’agriculture et à l’élevage. Postérieure à 450 av. J.-C., elle correspond à la Tène (deuxième âge du fer), époque celtique qui s’est achevée avec la conquête romaine.