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Son Carnet de santé foireuse, récit de sa bataille contre la maladie de Crohn, est sélectionné au Festival d’Angoulême. Une consécration pour Pozla, lascar d’origine amiénoise issu du street art

Tombeur de tabous © Laurent Rousselin – Amiens Métropole
« Cette BD m’a permis de soulever le tapis et de passer l’aspi »
© Laurent Rousselin – Amiens Métropole

27.01.2016

JDA 785

«Je n’ai jamais été aussi bien de ma vie. Cette BD m’a permis de soulever le tapis et de passer l’aspi. » Pozla, né à la clinique Sainte-Claire sous le nom de Rémi Zaarour, s’est posé. À 33 ans, père de deux enfants, il porte casquette, lunettes et barbe bien taillée. Fini l’époque où, avec le collectif 3B, il “posait” ses tags à l’arraché (d’où son pseudo, comme “se poser là”) dans les rues d’Amiens, quitte à risquer la garde à vue : « J’ai commencé en sauvage, avoue-t-il. Alors quand le Festival de BD d’Amiens m’a remis une plaque à mon nom, identique à celles de la ville, j’ai trouvé ça drôle ». Mais Pozla, membre de GM, le collectif international de street art, a connu un gros souci : la maladie de Crohn, exorcisée via Carnet de santé foireuse, sélectionné au Festival d’Angoulême 2016.

 

UN TRAIT INTENSE
Ce Carnet, parfois dessiné sur le vif, s’avère l’œuvre la plus personnelle de ce féru de calligraphie qui soigne sa typo, également gratteur d’ukulélé et fan de Crumb, Margerin ou, surtout, Franquin : « Quand on compare mon livre aux Idées noires, je suis tout fou ! ». Avec son trait intense, où intestins et excréments s’imposent, Pozla y retrace un périple compliqué dû à de mauvais diagnostics et à un manque d’écoute : « Je me suis sacrément mis à poil. Trop souvent, la maladie reste taboue. En plus, celle de Crohn, c’est le caca. Un double combo ! ». Ces tabous, il s’y confronte en dédicace : « Les gens me parlent de choses qu’ils cachent même à leurs proches. Cela donne des échanges émouvants ».

 

ANIMÉ PAR LE DESSIN
Mais la BD n’est pas tout. Il faut aussi compter l’animation. Pozla a ainsi étudié aux Gobelins, école éloignée de son univers : « Ils forment pour Disney ou Dreamworks. Je ne rentrais pas dans le moule mais j’y ai appris l’émulation ». Parmi ses faits d’armes : des participations à Persepolis, Ernest et Célestine ou Le Chat du rabbin. Souvent des scènes de rêve ou de cauchemar, anticipant l’onirisme organique de son Carnet. Plus proche de sa jeunesse de rue, la série des Lascars lui doit également beaucoup, ainsi que le film. Il y a travaillé aux côtés d’un certain El Diablo, avec qui il a posé un pied dans le monde «plus débridé» de la BD, via la série Monkey Bizness. Malgré le succès, Pozla revient régulièrement du Val-d’Oise en terre amiénoise. Pour voir ses proches et donner des cours à l’école Waide Somme. Comme un gars posé.

//Jean-Christophe Fouquet