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Découverte en 2010 dans l’Oise, la défense d’un jeune mammouth vient d’arriver au Jardin archéologique de Saint-Acheul. 

Une défense sous bonne garde 1 © Noémie Laval
La défense a été conservée, sauvegardée, mais pas restaurée. Pour montrer l’usure du temps.
© Noémie Laval

04.03.2020

JDA 940

Le 17 février 2020, 9h45, Jardin archéologique de Saint-Acheul. Émilie Goval et Emmanuelle Allart, de la Direction régionale des affaires culturelles des Hauts-de-France, jouent les factrices. Avec un colis peu banal : une défense de mammouth trouvée en 2010 à Catigny (Oise) lors d’un sondage préventif sur le tracé du canal Seine-Nord, à quatre mètres de profondeur. « Nous en avons fait une centaine d’autres, se souvient Émilie Goval, présente sur ce chantier de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap). Nous avons aussi trouvé du débitage de silex, mais rien de corrélé à la défense. »

 

VIEILLE DE 45 000 ANS

Après que ses fragments ont été repérés dans le godet de la pelleteuse, la défense, « abîmée par les sols acides », a été mise à jour précautionneusement. Sa taille, 1,10 mètre, indique un spécimen jeune. Et la couche alluvionnaire la date d’environ 45 000 ans. Une découverte « exceptionnelle », explique l’archéologue : « On ne voit ça qu’une fois dans sa vie. Même si nous connaissions théoriquement leur présence ici à l’époque, dans un environnement de type steppe, il s’agit du mammouth le plus septentrional (au nord, ndlr) jamais trouvé en France ».

 

EN QUÊTE D’UN TOIT

Paradoxe : cette défense « n’a que peu d’intérêt archéologique car rien n’indique que cet animal ait croisé l’homme », souligne Émilie Goval. D’où une question : qu’en faire ? « L’Inrap voulait la valoriser, mais ne savait pas où, resitue Emmanuelle Allart, gestionnaire mobilier et dépôt. Elle a donc été “stabilisée” grâce à un traitement sous perfusion, puis placée sur une gangue en fibre de verre. » Longtemps restée dans un labo où elle « attirait tous les regards », elle vient de trouver, après une convention de prêt à Amiens Métropole, le chemin du Jardin. « Nous avons commandé un moulage dentaire pour l’accompagner », annonce Camille Baïda, responsable des lieux.

 

NOUVELLE STAR

Installée dans une vitrine sur mesure, la défense doit bientôt être mise sur socle. Et intègre déjà la programmation : « Nous prévoyons des visites sur le mammouth le 4 avril, à 14h30, liste Camille Baïda. Puis une conférence d’Émilie Goval le 14 avril, à 18h ». D’ores et déjà, l’effet est là. Juste après son arrivée, les premiers curieux s’en approchaient, smartphone en main et éclairés par Rodolphe Deteve, animateur : « Elle a 45 000 ans. On rajoute un zéro et nous sommes ici ! ». Car la fameuse coupe géologique classée, visible au fond du Jardin, remonte jusqu’à... 450 000 ans. Une tout autre histoire.

//Jean-Christophe Fouquet

 

Jardin archéologique de Saint-Acheul (10, rue Raymond- Gourdain) – Entrée libre du lundi au vendredi, de 9h à 12h30 et de 14h à 17h – 03 22 97 10 61

 

Une défense sous bonne garde 3 © Noémie Laval

© Noémie Laval 

 

Le Jasa affûté

La salle pédagogique Victor-Commont, refaite par la scénographe Alexandra Maringer (lire ici l’article du #JDA 878), annonce les couleurs : murs bleus et mobilier rouge orangé. Ce rouge orangé va d’ici l’été clôturer le Jardin archéologique de Saint-Acheul (Jasa), qui sera alors fermé la nuit. Une réunion publique d’information est prévue dans les prochaines semaines à ce sujet. Par ailleurs, l’entretien est désormais assuré par le chantier d’insertion de la citadelle. « Un formidable boulot ! » approuve Émilie Messiaen, de la direction du patrimoine d’Amiens Métropole, qui annonce aussi « une fresque participative en façade ». Car le Jasa se réinvente. L’État prévoit de protéger et valoriser la coupe géologique (sous sa responsabilité) d’ici quelques années. Et un workshop mêlant artistes et scientifiques est actuellement dirigé par Alexandra Maringer
 et le plasticien Jérôme Toq’R 
avec l’aide de la Région, d’Amiens Métropole et du Forum culturel autrichien. Les idées y fusent 
pour redonner au Jasa sa place dans la cité – et dans la préhistoire.

 

Une défense sous bonne garde 2 © Noémie Laval

 © Noémie Laval