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Dans son regard, les autres

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Une exposition débute le 24 mai au foyer La Passerelle. La fusion de deux passions pour Guy Louis-Thérèse, responsable des lieux : l’entraide et l’expression artistique.

Dans son regard, les autres © Sébastien Coquille-Amiens Métropole
« Tout individu porte quelque chose en lui. Il faut juste le trouver ».
© Sébastien Coquille-Amiens Métropole

16.05.2018

JDA 877

Sur les murs de son bureau, des reproductions d’un Klimt et d’un Picasso. Derrière lui, une statuette abstraite. Comme toute chose avec Guy Louis-Thérèse, cette dernière a une histoire. « Elle m’a été offerte par un résident. Depuis, chaque fois qu’il passe, il voit qu’elle est là. Que je n’oublie pas. » Une question d’échange. De respect. Bien dans l’esprit de ce sexagénaire longiligne né en Martinique et arrivé à Amiens en 2003 pour intégrer les équipes de L’Îlot, association d’aide aux démunis, notamment les sans domicile fixe. Directeur de La Passerelle, lieu d’hébergement de L’Îlot installé rue de Rouen depuis 2012, Guy Louis-Thérèse a l’art dans le sang. « Je peins tous les jours, je ne peux pas faire autrement », confesse-t-il en faisant défiler sur son smartphone ses trois (!) créations de la veille : « Mon logement est un peu encombré »... D’autant plus que son épouse est elle aussi artiste, de profession. Le déclic, pour un homme qui n’avait jamais mis les pieds dans un musée avant l’âge adulte ? « Un vernissage quand j’étais étudiant en France, et qui m’a mis à l’aquarelle dès le lendemain. » S’ensuivit une expérience de séchage à la rôtissoire qui laissa des traces – au sens propre comme au figuré. « C’est le premier tableau que j’ai encadré. Cela m’a décomplexé, moi qui n’y connaissais rien. »

LE RESPECT AVANT TOUT

Pourtant, une fois qu’il entre dans les locaux de La Passerelle, où tout le monde le salue avec amitié, où l’on vient lui donner des nouvelles, lui présenter des nouveau-nés, l’artiste en lui reste dans l’ombre. Ici, il se sent bien. Utile. Après être passé du droit à l’enseignement, puis à la formation, il s’est tourné vers le social, au fil des villes, des envies et des rencontres – notamment l’ancien président de L’Îlot, Jean Celier, « un homme extraordinaire ». Et il ne juge pas : « Je n’oublie pas que ceux qui viennent ici sont, au départ et avant tout, des victimes. Avec des histoires familiales souvent compliquées ». Un regard bienveillant, jamais condescendant, qui cherche le meilleur chez les autres : « Si je ne vous respecte pas, je n’ai pas ma place ici », aime à dire celui qui regrette, qu’en France, « on ne sache pas se parler. Dès que quelqu’un adresse la parole à un autre, il devient suspect. Il ne faut pas avoir peur du regard ! ». Le regard, c’est aussi une question d’art : « L’art m’a permis d’exister, de porter un regard ». Lequel débarque en mai à La Passerelle « pour en faire un lieu ordinaire dont les gens poussent la porte » via le collectif d’artistes Convergences.

SIFFLER EN TRAVAILLANT

Outre une exposition du 24 mai au 20 juin, ce collectif va mener des ateliers hebdomadaires auprès des résidents. Mais on n’y verra pas les œuvres de Guy Louis-Thérèse. Pas de mélange des genres ! « Pour moi, l’important, c’est de faire, pas de montrer. » Cette fois, c’est aux résidents de s’exprimer : « Tout individu porte quelque chose en lui. Il faut juste le trouver ». À 64 ans, Guy Louis- Thérèse compte-t-il quitter La Passerelle ? « Oh ! je ne sais pas où j’en suis pour la retraite. Et je continue de siffloter. Le jour où je ne sifflerai plus, je me poserai la question ! ».

//Jean-Christophe Fouquet

 

Entre les lignes, par le collectif Convergences, du 24 mai au 20 juin à La Passerelle (7, rue de Rouen) – 03 22 09 67 64