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À la bibliothèque Aragon, une exposition réalisée par des lycéens montre les liens entre Alfred Dreyfus et Amiens où il vint assister aux obsèques d’un des artisans de sa réhabilitation.

21 janvier 1914, Alfred Dreyfus à Amiens © Archives de la Somme 28FI31
Après les obsèques amiénoises, une cérémonie à Paris fut décidée par les députés pour le général Picquart (contre sa volonté). Ses cendres reposent à Strasbourg depuis 1919.

04.02.2026

JDA 1143

C’est un scandale d’État qui déchira la France : l’affaire Dreyfus du nom de cet officier accusé de haute trahison en 1894, condamné au bagne après la découverte d’un bordereau révélant des secrets militaires à l’Allemagne. L’armée française le disait écrit de sa main. Il s’agissait en fait d’une machination fomentée par l’armée elle-même, satisfaite d’avoir un coupable (idéal parce que juif) pour étouffer cette histoire d’espionnage bien réelle. Cent trente-deux ans plus tard, le nom de Dreyfus n’évoquait pourtant rien à la plupart des élèves de Louis Teyssedou et d’Adrien Carlu, en bac pro soins et services du lycée Édouard-Gand ou encore métiers de la confection et de la couture d’Édouard-Branly, avant qu’ils ne planchent sur les ramifications de cette affaire à Amiens.

Album photo

En mai, Louis Teyssedou, qui aime « faire enquêter ses classes », tombe aux Archives départementales sur un album photo consacré aux obsèques du général Picquart à Amiens. Ce personnage (incarné par Jean Dujardin dans le film J’accuse de Roman Polanski) joua un grand rôle dans la réhabilitation de l’officier juif. Bien qu’antisémite, Picquart découvre que l’auteur du fameux bordereau s’appelle Estherhazy. « Loyal envers l’armée qu’il place au-dessus de tout », selon l’historien Philippe Oriol, Picquart avertit l’état-major, « moins pour innocenter Dreyfus que pour éviter à l’institution d’être décrédibilisée ». Mais il devient gênant, on l’envoie en Tunisie, loin de l’affaire.

 

La foule et Dreyfus

Le travail de la famille Dreyfus et un concours de circonstances corroboreront la découverte de Picquart. En 1906, Alfred Dreyfus sera réhabilité et Picquart nommé ministre de la Guerre. En janvier 1914, Picquart (alsacien comme Dreyfus) est général à Amiens – « Amiens était le rempart de Paris, on y mettait les pointures », note Louis Teyssedou. Entre Dury et Saint-Fuscien, voilà qu’il tombe de cheval. Une chute sans importance, dit-il. Sauf qu’il meurt quelques jours plus tard d’un œdème à la face... Des milliers de personnes se massent à ses obsèques à Amiens. « On y voit tous les pouvoirs, décrivent les enseignants. Militaires, politiques, judiciaires. La République est alors un régime qui se met en place et qui se met en scène. » Parmi les milliers de personnes présentes : Alfred Dreyfus.

Antoine Caux

 

Amiens et l’affaire Dreyfus

Bibliothèque Louis-Aragon

Jusqu’au 24 février

En présence du petit-fils et de l’arrière-petit-fils de Dreyfus © D.R.

 

 

En présence du petit-fils et de l’arrière-petit-fils de Dreyfus

L’exposition des lycéens montre des lettres de soutien d’Amiénois à Alfred Dreyfus, une une du Progrès de la Somme (d’abord anti-dreyfusard) ou encore les photos des obsèques du général Picquart. Elle a reçu des visiteurs particuliers le 21 janvier : Charles et Michel Dreyfus, petit-fils et arrière-petit-fils du condamné à tort.