À Amiens, le Tibet c’est pas tabou
À l’occasion du Temps Tibet le 11 mars qui commémore la répression chinoise
de 1959, rencontre avec quelques-uns des 180 Tibétains installés à Amiens.
04.03.2026
JDA 1145
Rue Léon-Blum, près des Halles d’Amiens. Il y a un restaurant chinois, un indien et pakistanais, un autre pour les adeptes du brunch et une adresse, Gyawo, spécialisée dans les mets… tibétains. Yangtso et Lobsang nous ouvrent la porte de leur restaurant inauguré en juillet 2024. Ce couple a fui le Tibet en 2013 et fait partie des 180 Tibétains installés à Amiens. La cité picarde compte d’ailleurs un second restaurant tibétain, rue Dusevel, baptisé Momos du nom de ces raviolis traditionnels à la vapeur. « Il y a beaucoup de restaurateurs tibétains, explique le “patron”. Pour nous, la cuisine c’est important. » Important pour la diaspora tibétaine de faire ainsi vivre sa culture. Et la gastronomie est un puissant ressort. C’est l’un des leitmotivs du Dalaï Lama face à l’oppression chinoise qui s’emploie à effacer les traditions culturelles tibétaines.
10 000 Tibétains en France
Retour en arrière. 1950 : la Chine envahit le Tibet, le plus haut plateau habité de la planète avec une altitude moyenne de 4 900 mètres. Le 10 mars 1959, les Tibétains se soulèvent. Ils seront réprimés dans le sang. L’exil est alors massif. Ils seraient aujourd’hui 150 000 à travers le monde. 10 000 en France. Yangtso a connu Strasbourg, Lille, Paris puis Amiens : « Il y avait ici des gens de notre village ». L’un des relais de ces réfugiés : Yolande Caumont, présidente d’Aide et espoir pour le monde tibétain, marquée par un premier voyage en Chine en 1987 et la rencontre d’exilés au Ladakh, une région du nord de l’Inde. « La première réfugiée tibétaine à Amiens est arrivée en 2012, se remémore Yolande Caumont. Elle ne parlait ni français ni anglais. Aujourd’hui, elle est mariée avec deux enfants. »
Pression sur les familles
« Partir et tout laisser est une décision difficile, confie Lobsang. Mais c’est le prix pour être libre. » Et d’énumérer l’interdiction de nommer le Dalaï Lama, d’avoir des photos… Tsering, un collègue venu faire le traducteur, avoue : « Les autorités savent que je suis en France. On met la pression sur ma famille, mon père est convoqué une fois par semaine au commissariat ». Tant mieux pour eux, les papiers ont été moins durs à obtenir que pour d’autres nationalités. Leur cause a un fort retentissement local avec le Temps Tibet organisé depuis vingt-cinq ans. En commémoration du 10 mars 1959, Yolande Caumont fait hisser le drapeau tibétain sur le beffroi amiénois. Ce 11 mars, un député tibétain sera à Amiens pour la projection d’un documentaire sur le Dalaï Lama (18h, espace Dewailly) qui succédera à une marche au départ de la rue de Noyon à 14h15. Yangtso et Lobsang s’y rendront, après la fin du service au restaurant.
Antoine Caux