La poterne
Au cours de la campagne de restauration des remparts menée en 1820, une poterne est créée pour gagner les fossés depuis la citadelle et sans doute desservir les galeries des souterrains intérieurs.
C’est à partir de février 1944, que cette poterne devient le point de passage obligé pour les condamnés à mort qui descendaient sur l’ancien stand de tir pour être exécutés
Ce passage servait ensuite à remonter les corps déposés dans des cercueils et ensevelis pour la plupart au sein de la citadelle.
Un passage pour remonter les corps
Tant que la prison, route d’Albert, est fonctionnelle, les condamnés sont emmenés au pied de la citadelle pour être fusillés.
Ainsi Emile Masson (18 ans), l’un des deux premiers condamnés à mort avec Lucien Brusque (21 ans) écrit à sa famille :
L’itinéraire suivi par les condamnés à morts (plan conservé aux Archives municipales et communautaires d’Amiens)
« le 12 novembre 1940
Cher Père et sœur
Je vous écrit ces quelques mots pour faire savoir que je quitte la prison pour la citadelle moi et Lucien par ordre des Allemands. Nous ne savons pas ce qu’ils veulent faire de nous, et monsieur l'aumônier vient de venir nous voir pour nous réconforter. Mais je crois bien que c’est pour nous fusiller. »
Leur exécution a été annoncée par voie d’affiches où ces deux hommes sont qualifiés de « francs-tireurs » Il s’agit de faire un exemple en ces premiers mois de l’Occupation.
Extrait du Progrès de la Somme, 4 août 1943
L’autre exécution pour laquelle les Allemands font également de la publicité par l’intermédiaire de la presse est celle du « groupe Michel » le 2 août 1943.
Ce groupe composé de jeunes Francs-tireurs et Partisans a multiplié les coups de main audacieux et les sabotages sous la direction de Jules Bridoux alias Michel responsable départemental de ce mouvement de résistance armée. Tout le groupe, sauf trois hommes, est arrêté en avril 1943 et condamné à mort par le tribunal militaire allemand, installé dans le Palais de Justice.
Le 2 août 1943, à l’aube, les onze condamnés sont sortis de la prison et chargés dans des camions militaires en direction de la rue Ménilmontant (rebaptisée plus tard l’impasse des martyrs) menant aux poteaux. De chaque côté des maisons, un soldat allemand, tous les cinq mètres, mitraillette braquée, surveille le convoi, les habitants riverains sont bloqués chez eux, volets clos. Les résistants, assistés de deux prêtres sont fusillés deux par deux. Comble de cruauté : c’est le plus jeune, Charles Lemaire 17 ans, qu’ils fusillent le dernier alors qu’il restait seul.
Les onze fusillés du 2 août 1943. Mairie d’Amiens
Le charnier de la citadelle d'Amiens les dépouilles exhumées et mises en bière
Un passage obligé
Avec le transfert des résistants à la citadelle, la poterne devient le passage obligé des condamnés à mort encadrés par le peloton d’exécution.
Les corps sont remontés par la poterne et dans leur grande majorité enterrés sommairement à l’intérieur de la citadelle. À la Libération, les dépouilles sont retrouvées, identifiées et inhumées, le plus souvent dans leurs communes d’origine ou dans des cimetières d’Amiens avec la mention « Mort pour la France ».