Citadelle
La citadelle aux mains des Allemands
Entre 1940 et 1944, la citadelle d’Amiens occupée par les Allemands est un espace intégré au dispositif répressif nazi. Tout d’abord lieu de détention pour les prisonniers de guerre français, la citadelle devient un lieu d’exécution des otages et des résistants condamnés à mort et fusillés dans l’ancien stand de tir. C’est enfin, après le raid aérien sur la maison d’arrêt d’Amiens le 18 février 1944, le lieu d’emprisonnement et de torture des résistants arrêtés, le plus souvent déportés sans jugement.
L’entrée actuelle de la citadelle
La citadelle, dernier lieu de résistance à l'entrée des Allemands dans Amiens
Comme le raconte Pierre Vasselle dans son livre la tragédie d’Amiens, le 16 mai le commandant Thuillier a la responsabilité de défendre toute la partie nord d’Amiens.
Il peut compter sur le groupe des unités d'instruction à la Citadelle composé de 16 officiers et 170 hommes, mais doté d’un nombre limité de mitrailleuses et d’un petit détachement du 121° régiment d’infanterie. 80 soldats sortis de la prison militaire sont envoyés, une fois armés, prendre position dans les fossés nord. Sur le côté sud, l’entrée principale est gardée par un demi-peloton de gardes mobiles disposant d’un fusil-mitrailleur et d’un canon de 25.
Le 19 mai, à la suite des bombardements, un poste de secours est installé pour soigner, avant leur évacuation, une centaine de blessés.
Le 20 mai la garnison de la citadelle cesse les combats vers 16 h, faute de munitions et de pouvoir éteindre un incendie déclaré dans un bâtiment sans que l’on puisse l’éteindre, les conduites d’eau étant à sec.
Le commandant Thuillier donne l’ordre d’évacuer la citadelle par petits groupes en direction du cimetière de la Madeleine, puis de se replier dans les marais de Dreuil en emportant non seulement les armes individuelles mais aussi deux fusils mitrailleurs et une mitrailleuse. Ce sont plus de deux cents hommes qui se regroupent et réussissent à traverser la Somme de nuit, prêts à continuer le combat
Les prisonniers de guerre détenus à la citadelle en septembre 1940
La citadelle transformée en « frontstalag »
Au cours de la campagne de France, les soldats fait prisonniers dans les premières semaines sont envoyés directement en Allemagne, dans des camps d’internement appelés stalags. Mais l’ampleur de la défaite oblige les forces allemandes à improviser en France des camps appelés frontstalag dans des bâtiments réquisitionnés ou sur des terrains vagues. En septembre 1940 le nombre de prisonniers dans la Somme est estimé entre 30 et 40000 soldats et plus précisément à 4000 hommes dans la citadelle. Dans l’esprit de l’armée allemande les fronstalags sont des camps de tri et de transit dont le nombre diminue progressivement. Celui d’Amiens abrite encore en mars 1941 entre 800 et 1000 prisonniers français destinés à être renvoyés à la vie civile ou en attente d’être transférés en Allemagne. Les évasions sont nombreuses grâce à la complicité d’Amiénois soit lors de corvées pour aller chercher le pain à l’extérieur soit lors de sorties pour travailler sur des chantiers.
Si les prisonniers français quittent Amiens, les soldats coloniaux eux demeurent sur place. L'Allemagne nazie ne les voulant pas sur son sol. En janvier 1942 on compte à Amiens 700 Nord-Africains, 40 Noirs et 28 Français intégrés à un ensemble plus vaste le frontstalag 204 géré d’abord à Amiens puis à Saint-Quentin et enfin à Charleville-Mézières.
C’est ainsi que pendant toute l’Occupation des soldats coloniaux sont enfermés dans la citadelle et servent de main d’œuvre agricole répartis sur le département de la Somme, et sans doute pour des entreprises allemandes. L’écho de la Somme évoque le 18 septembre 1944 la présence de 200 prisonniers nord-africains présents depuis le début de la guerre.
La citadelle lieu de détention, lieu d’exécution des Résistants
Les forces d’occupation transforment l’ancien stand de tir crée en 1932 en lieu d’exécution. Au moins 35 personnes ont été fusillées entre 1940 et 1944. Les deux premiers sont Lucien Brusque et Emile Masson deux marins-pêcheurs de Saint-Valery-sur-Somme, accusés de sabotage de lignes téléphoniques. Les photographies de leur exécution prises par un soldat allemand sont développées par le photographe amiénois Pierre Caron. Celui-ci fait parvenir des doubles à la Résistance. À partir de l'été 1941, face aux actions de sabotage et aux assassinats de soldats allemands l’occupant applique des représailles contre les communistes emprisonnés.
Ainsi, à Amiens, le 30 avril 1942, cinq hommes sont fusillés pour répondre à l’attaque d'un train transportant des soldats allemands vers Caen le 16 avril 1942. Le 2 août 1943, onze membres du groupe Francs Tireurs et Partisans "Michel", accusés de terrorisme, sont passés par les armes. Le plus jeune, Charles Arthur Lemaire âgé de 17 ans, est exécuté le dernier. Jusqu'à la veille de la libération d’Amiens, les exécutions vont se succéder.
À la suite du bombardement aérien de la prison d’Amiens le 28 février 1944 -raid aujourd’hui connu sous le nom d’opération Jéricho- plus de 300 hommes et une quarantaine de femmes sont transférés à la Citadelle dans des cellules de circonstance. La citadelle sert alors de lieu de détention et d’interrogatoire.
La citadelle, dernier site d’Amiens libéré le 31 août 1944
Alors que les Amiénois fêtent déjà la libération d’Amiens dans le centre-ville, il reste à prendre la citadelle. D’âpres combats menés par les résistants, avec des chars britanniques en soutien, se déroulent en début d’après-midi d’abord à l’extérieur de la citadelle puis à l’intérieur, une partie des soldats allemands s’enfuyant par les souterrains.
Les échanges de tirs et les accrochages se poursuivent à l’intérieur et aux abords de la citadelle ainsi que dans les quartiers nord de la ville durant tout l’après‑midi et la soirée du 31 août.
La prise de la citadelle, au prix de cinq morts parmi les FFI, permet de libérer une trentaine de prisonniers alliés et les Nord-Africains encore présents. Ils sont remplacés dans les cellules par des soldats allemands qui se sont rendus au cours de la journée.