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Septembre 1944, la presse amiénoise se fait l’écho d’une découverte macabre à la citadelle : des corps ont été enterrés dans des cercueils non loin des bâtiments abritant les cellules. 

La citadelle à peine libérée dans l’après-midi du 31 août, deux habitants du quartier, se glissent à l’intérieur et remarquent que le terrain rectangulaire situé entre le bâtiment servant de prison et la route donnant accès au glacis, est bosselé, signe qu’il a été retourné. Les premiers sondages montrent que « des boîtes en bois avaient été enfouies à cet endroit. » pour citer le journal La Picardie Nouvelle du 7 septembre 1944.

La presse et les autorités évoquent alors le « charnier de la citadelle d’Amiens », mettant en scène l’exhumation, l’identification et la restitution des corps aux familles.

Le charnier 01 © Archives de la Somme

Extrait de La Picardie nouvelle du 7 septembre 1944 

 

Le charnier 02 © Archives de la Somme

Autorisation accordée à des familles pour se rendre sur le charnier

Vingt-quatre corps retrouvés

 

Dès le premier jour, cinq corps posés dans des cercueils en bois sont dégagés sans qu’il soit possible de les identifier. Le lendemain des prisonniers de la 10.SS Frundsberg sont réquisitionnés pour poursuivre les fouilles, six nouveaux cercueils disposés dans tous les sens sont dégagés. Le travail se poursuit toute la semaine du lundi 4 au samedi 9 septembre.

Au final vingt-quatre corps sont retrouvés. Les fouilles prolongées la semaine suivante ne donnent aucun résultat, il faut attendre mars 1946 pour découvrir un vingt-cinquième corps impossible à identifier et inhumé au cimetière de la Madeleine.

 

Le lent travail d'identification

 

Commence alors le travail d’identification par les services de police avec l’aide des familles qui donnent des renseignements sur les vêtements, la dentition ou sur les objets trouvés dans les poches.

Le mercredi 5, quatre personnes fusillées sont reconnues :

Victor Magnier, 40 ans, fusillé le 1er avril 1942 ;
Maurice Carrouaille, 28 ans, fusillé le 19 janvier 1942 ;
Maxime Garin, 33 ans, fusillé le 30 décembre 1941 ;
Hubert Leclercq, 30 ans fusillé le 1er avril 1942.

Puis, durant la semaine, huit corps sont identifiés :

d’abord Henri Wilgos, 20 ans et Jacques  Wilgos, 18 ans,

du groupe FTP «Michel» dont onze membres ont été fusillés le 2 août 1943

puis trois membres du même groupe :

Maurice Robbe, 21 ans, fusillé le 2 août 1943 ;
Georges Debailly,  20 ans, fusillé le 2 août 1943 ;
MauriceSeigneurgens 24 ans, fusillé le 2 août 1943.

et trois corps enterrés plus récemment :

André Dumont 24 ans, fusillé le 5 février 1944 ;
Gaston Moutardier 54 ans, fusillé le 6 juillet 1944 ;
Cyrille Verbrouck, 49 ans, fusillé le 6 juillet 1944.

Le lundi suivant, sont identifiés :

Alfred Dizy, 37 ans, fusillé le 2 août 1943.
Louis Balesdent, 18 ans, fusillé le 9 juillet 1944.
Paul Moreau, 24 ans, fusillé le 2 août 1943.

Trois autres fusillés sont reconnus le mercredi 13 septembre :

Pierre Leroy, 53 ans, fusillé le 17 janvier 1944 ;
Gaston Blot 24 ans, fusillé le 7 février 1942 ;
Ernest Lesec 25 ans, fusillé le 2 août 1943.

Dans les jours suivants, il est possible de mettre un nom sur :

André Dupuis, 47 ans, fusillé le 7 novembre 1942
Charles Lemaire, 17 ans,  fusillé le 2 août 1943
Jules Mopin, 22 ans, fusillé le 2 août 1943
Louis Martin, 25 ans, fusillé le 2 août 1943.

Il reste alors deux corps identifiés par la suite :

Léopold Lesage, 27 ans, fusillé le 16 mai 1942
Lucien Delecoeuillerie, 33 ans, fusillé le 1er avril 1942.

 

 

 

 

 

Le charnier 04 © Archives de la Somme

Le charnier de la citadelle d'Amiens, 24 corps tous identifiés

 

 

Des corps anonymes

 

Enterrer les résistants fusillés ensemble, anonymement, comme c’est le cas pour tous les membres du « groupe Michel » est la pratique la plus courante des forces allemandes. C’est une façon de priver les familles d’un lieu de deuil clair, ce qui prolonge la violence au‑delà de la mort et participe à la volonté d’« effacer » ces adversaires dénoncés comme « terroristes ». Elle revient à nier leur individualité et leur dignité mais elle a aussi une fonction de terreur et de dissimulation.  L’absence de tombes individuelles rend aussi l’identification difficile, si les corps sont retrouvés. Durant toute l’Occupation, les autorités françaises ne sont informées des exécutions qu’après la mort des Résistants.

 

 

Le charnier 05 © CMHSRD

L’emplacement actuel du charnier

Mais tous les fusillés de la citadelle n’ont pas été enterrés sur place, certains corps ont été transportés jusqu’à un cimetière voisin où un emplacement avait été  réquisitionné.

Ainsi les premiers fusillés :
Émile Masson, 18 ans, Lucien Brusque, 21 ans, sont enterrés au cimetière Saint Pierre comme Robert Deregnaucourt, 24 ans, condamné à mort le 19 décembre 1940 pour « acte de violence contre un militaire allemand » et fusillé le 10 janvier 1941.

L’on sait qu’en avril 1942, les Allemands avaient fait réserver des tombes dans différents cimetières des environs d’Amiens : Boves, Hébécourt, Sains-en Amiénois et le 18 mai 1942 le Préfet cherche à savoir qui a été inhumé dans les cimetières de Dury et Cagny, le mois précédent.

Si l’on en croit une liste éditée après-guerre, il faudrait ajouter les noms de trois résistants exécutés au pied de la citadelle dont les corps ont été enfouis sommairement près du village de Gentelles :

Camille Bizet, 23 ans, et André Carpentier, 31 ans, fusillés le 9 mai 1944  et Alfred Roger, 32 ans, fusillé le 28 août 1944