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Philippe Salinson, photographe et radiologue, et Thomas Calligaro, ingénieur de recherche au C2RMF procèdent à l'analyse des yeux factices de la momie par fluorescence de rayons X  © C2RMF/ Vanessa Fournier

BULLETIN DE SANTÉ DE LA MOMIE

Ensemble funéraire de Setjaimengaou © Momie et sarcophages © J.-L. Boutillier / Musée de Picardie

Ensemble funéraire de Setjaimengaou : momie, cercueil interne et cercueil externe, XXVe-XXVIe dynastie (vers 664 av. J.-C.) Provenance inconnue, mais probablement la nécropole thébaine.

 

La momie part en restauration

Acquis dès 1839 par la Société des antiquaires de Picardie et la ville d’Amiens cette « momie et ses coffres » devaient être un atout fort pour le futur musée. Le temps a passé, mais la momie d’Amiens reste un incontournable des lieux. Malheureusement, le poids des ans et des travaux ont conduit à l’encrassement et à la fragilisation de cet ensemble qu’il faut absolument restaurer. Depuis le dossier d’imagerie scientifique (UV, infrarouges et rayons X) jusqu’à la restauration elle-même en passant par des analyses chimiques, toutes les opérations auront lieu dans les locaux du Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF), à Versailles et validées par un comité scientifique. Ce travail sera mené dans le plus grand respect de la personne, et dans des délais assez courts. La momie et ses coffres devraient retrouver les salles du musée d'ici quelques mois.

Bulletin de santé de la momie

Suivez ci-dessous pas à pas le bulletin de santé de la momie 

ETAPE 1 : arrivée au centre de restauration (février 2022)

Arrivée de la momie © A.Jagerschmidt / Musée de Picardie © A.Jagerschmidt / Musée de Picardie

La momie et ses deux sarcophages sont bien arrivés au C2RMF. Ils vont y être photographiés et radiographiés, mais pour le moment place aux aller-voir des restaurateurs intéressés par ce projet ambitieux.

 

ETAPE 2 : Les altérations

altérations 1 © A.Jagerschmidt / Musée de Picardie altération 2 © A.Jagerschmidt / Musée de Picardie altération 3 © A.Jagerschmidt / Musée de Picardie

Au C2RMF, l'ensemble funéraire de Setjaimengaou est présenté sous une lumière uniforme. On découvre alors les décors, les détails mais aussi les altérations avec un œil neuf. Et le moins que l'on puisse dire c'est qu'il y a du travail !

ETAPE 3 : Les yeux de la momie

momie yeux © A.Jagerschmidt / Musée de Picardie

Dans les différentes publications sur la momie de Setjaimengaou, on lit toujours que ses yeux sont en verre et qu'ils sont modernes. Ils auraient peut-être été ajoutés par l'antiquaire qui l'a vendue en 1839. Mais le doute est à présent de mise : on a en effet l'impression que les paupières de la momie sont comme collées dessus. Dans ce cas, les yeux ne peuvent être qu'anciens ! Et en y regardant de près, peut-être sont-ils plutôt en pierre noire et blanche... Le comité scientifique, aidé par les radios du C2RMF et les restaurateurs qui seront choisis, tirera cela au clair !

ETAPE 4 : Momie et moisissures ?! 

Moisissure_1

 

Moisissure_2

Depuis plusieurs années, notre régisseur avait noté la présence de moisissures dans la boîte moderne en bois qui contient la momie. Grâce à l'aide de nos collègues du laboratoire de recherche des monuments historiques (LRMH) nous savions que cela n'était pas dangereux tant que la momie ne changeait pas de climat. Mais lors de son déménagement à Versailles et en prévision de l'ouverture de la boîte pour restauration, il fallait être très prudents.  

Des spécialistes du LRMH sont donc venus au centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF) pour faire des prélèvements destinés à être mis en culture. Cela a permis de déterminer la souche de moisissure ici présente et de s'assurer qu'elle n'est pas nocive, pour l'œuvre mais aussi pour les êtres humains !  

Heureusement, les conclusions sont bonnes : l’activité métabolique globale est inexistante. Donc pas de dégradation de la momie et pas de traitement biocide nécessaire ! 

ETAPE 5 :  étudier les archives

Archives © A.Jagerschmidt / Musée de Picardie Amulettes © A.Jagerschmidt / Musée de Picardie

En se plongeant dans les archives de la Société des Antiquaires de Picardie, on trouve une correspondance mal exploitée jusqu'à présent : la copie de la délibération du 13 mai 1839 par laquelle la Ville d'Amiens accepte de payer la moitié du coût d'achat de la momie, soit 225 francs. 

On y lit ceci : "le corps entouré de linges paraît n'avoir pas été fouillé et il est à croire qu'on trouvera sous ses enveloppes des bijoux, des figurines et peut-être des manuscrits sur papyrus". 

On croit donc comprendre que la momie, actuellement majoritairement débandelettée, l'a été après son arrivée à Amiens ! Le regard porté sur les collections et les tabous ont bien changé en presque 200 ans...

Avec cette archive, nous considérons sous un angle nouveau les amulettes de notre fonds, qui peut-être appartenaient à Setjaimengaou. 

ETAPE 6 : une analyse par fluorescence de rayons X

Philippe Salinson, photographe et radiologue, et Thomas Calligaro, ingénieur de recherche au C2RMF procèdent à l'analyse des yeux factices de la momie par fluorescence de rayons X  © C2RMF/ Vanessa Fournier

Nous vous avons déjà parlé des yeux factices de notre momie ? Afin de mieux les comprendre, le C2RMF a procédé à une analyse par fluorescence de rayons X. Nous savons à présent qu'ils sont faits tous deux dans les mêmes matériaux et que l'iris est de l'obsidienne. Mais d'où provient-elle ? L'obsidienne est en effet forcément importée car il n'y en a pas en Egypte. Plusieurs pistes sont possibles : Éthiopie, Sardaigne, Iles grecques, Turquie... La sclérotique (partie blanche de l'œil) reste encore plus mystérieuse. Il ne s'agit pas de calcite ni de quartz. Il est même fort probable que le matériau ne soit pas un minéral. Nous devons poursuivre les investigations !