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Restout, Alexandre malade recevant le breuvage du médecin Philippe © Marc Jeanneteau-Musée de Picardie

VXIII

JEAN-HONORÉ FRAGONARD

Fragonard, Le Berceau, M.P.Lav.1894-143  © Marc Jeanneteau/Musée de Picardie

La peinture d’histoire fut longtemps considérée comme la seule forme d’art pouvant fournir des modèles de moralité propres à influer sur la société. Pourtant, la peinture de genre inspirée par les modèles flamands et hollandais, très en vogue au xviiie siècle dans le milieu des collectionneurs parisiens, gagna progressivement ses lettres de noblesse. Très influencé par l’art de Rembrandt pour lequel il nourrit une vive admiration, Jean-Honoré Fragonard fut l’un des grands noms de la peinture de genre du xviiie siècle français. On retrouve dans Le Berceau l’influence du maître hollandais dans l’utilisation du clair-obscur et les tons chauds, ainsi que dans la vivacité du coup de brosse. Touche-à-tout, Fragonard se distingua dans tous les genres, sans toujours remporter l’adhésion de ses contemporains. Il est vrai que sa touche, parfois proche de l’esquisse, pouvait dérouter dans un siècle encore très sensible au caractère léché des peintures.

Caractéristique de la manière spontanée de Fragonard, cette œuvre s’inscrit en outre dans un courant de pensée propre au siècle des Lumières : longtemps négligé, le premier âge de la vie retint peu à peu l’intérêt des intellectuels et, dans leur sillage, des artistes. Au milieu du xviiie siècle, le regard posé sur l’enfant, longtemps traité comme un petit adulte, changea radicalement ; la philosophie influa très probablement sur l’esthétique, les représentations de l’enfance se faisant dès lors plus intimes, volontiers empreintes de tendresse. Version profane du Sommeil de l’Enfant Jésus de Rembrandt (Saint-Pétersbourg, Musée de l’Ermitage), Le Berceau de Fragonard offre une scène de félicité domestique emblématique du xviiie siècle.

Restout, Alexandre malade recevant le breuvage du médecin Philippe © Marc Jeanneteau-Musée de Picardie
Restout, Alexandre malade recevant le breuvage du médecin Philippe

JEAN RESTOUT

En dépit des évolutions notables du goût dès la fin du règne de Louis XIV, la peinture d’histoire, qui puisait traditionnellement ses sujets dans l’Antiquité, dans la Bible et dans la mythologie, restait considérée comme le grand genre de la peinture française. Fondée sur des valeurs traditionnelles, cette peinture s’inscrivait dans la continuité de l’art majestueux et solennel du xviie siècle. Si, durant le siècle suivant, elle ne correspondait plus guère au goût du public, les grands peintres d’histoire de la période bénéficiaient toujours d’importantes commandes royales. Célébré pour ses peintures religieuses, Jean Restout se plaisait également à illustrer des sujets profanes et mythologiques. À la croisée de l’histoire et du mythe, la vie d’Alexandre inspira plusieurs œuvres à l’artiste ; celle-ci fut réalisée dans le cadre d’un concours lancé en 1747 par Le Normant de Tournehem, Directeur des Bâtiments du Roi et Charles-Antoine Coypel, Premier Peintre, afin de remettre à l’honneur la grande peinture d’histoire.

Alors que son médecin était accusé de vouloir l’empoisonner, Alexandre, qui lui tendit la lettre l’incriminant, avait manifestement bu le breuvage sans crainte. Plusieurs versions de cet épisode existent et il n’est pas anodin que Restout ait opté pour celle de l’auteur latin Quinte-Curce, qui insista davantage que Plutarque sur la confiance aveugle dont témoigna le souverain. Ce noble sujet faisait en outre probablement écho à la maladie contractée par Louis XV à Metz, en 1744, qui l’amena à renvoyer de la Cour un certain nombre de ses proches. Au-delà de son caractère exemplaire, la scène, savamment mise en page, ne manque pas d’humanité : la pose alanguie d’Alexandre lui confère une présence éminemment sensuelle.