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Le Grand Salon © Alice Sidoli - Musée de Picardie

1853 Le concours pour la construction du musée

Sous le Second Empire, le musée s’impose comme une institution indispensable : le pouvoir central y trouve un support concret à ses volontés d’éducation. Le musée se met en effet au service d’une meilleure connaissance du passé national et régional, du développement de l’archéologie et d’une histoire locale.

Fondée en 1836, la Société des Antiquaires de Picardie a dès l’origine pour vocation de contribuer par ses recherches à une meilleure connaissance du passé de la Picardie. Déclarée d’utilité publique en 1851, elle joue un rôle déterminant dans la construction d’un musée à Amiens. Il n’existe alors qu’un embryon de musée, situé dans une minuscule annexe de l’école de dessin. La salle sert notamment à entreposer les tableaux acheminés depuis Versailles en 1802 pour la signature du traité de paix d’Amiens. Malgré le faible nombre de ses adhérents – une cinquantaine – et la faiblesse de ses moyens financiers, la Société des Antiquaires obtient, sous l’impulsion de deux hommes influents, Félix de Beaumont et Charles Dufour, l’autorisation d’organiser quatre vastes loteries pour financer la construction du musée.

Billet de loterie, 1853 © Michel Bourguet-Musée de Picardie

Elle reçoit également gratuitement, de la part de Napoléon III et de la mairie d’Amiens, les terrains nécessaires à l’implantation du bâtiment. Le concours pour l’érection d’un musée à Amiens est proclamé en décembre 1853 par la Société des Antiquaires de Picardie. À l’exception du musée-bibliothèque du Havre, construit entre 1841 et 1845 et détruit depuis, aucun édifice de ce genre n’a alors encore été érigé en France.

Gravure sur bois d’après un dessin de Fichot de mai 1863 Façade du musée au XIXe siècle

 

1864 L’inauguration du musée Napoléon

Le projet a pour ambition de créer un Louvre de province sur le modèle du Palais-Musée parisien. Trente-neuf architectes participent à l’aventure et le lauréat Henri Parent doit intégrer à ses plans initiaux certaines propositions de ses concurrents. Il est remplacé, à partir de 1859, par Arthur-Stanislas Diet qui termine le chantier. La visite du directeur des Musées impériaux, le 30 mars 1864, fait office d’inauguration.

L’architecture du musée évoque le nouveau Louvre, dont les travaux se sont achevés en 1857 : le musée d’Amiens est ainsi intimement lié au pouvoir impérial, ce qui est également visible dans l’aménagement intérieur (salons de l’Empereur et de l’Impératrice). L’édifice est remarquable et remarqué : son parcours de visite de plus de 8 000 m2, ainsi que les dispositions prises pour faciliter la conservation et l’accrochage des œuvres, sont inédits à l’époque.

 

Grand Salon, 1890

 

1878 Le musée Napoléon devient le Musée de Picardie

En 1878, un processus de « dénapoléonisation » gomme une partie des symboles impériaux. C’est d’ailleurs à la gloire de la Picardie qu’avait été réalisé le décor du Salon de l’Empereur, la pièce la plus ornée du bâtiment, située au cœur de la galerie d’honneur du musée. Selon un programme élaboré par la Commission du musée Napoléon, le système iconographique du dôme s’articule autour du plafond peint par Félix Barrias, La France couronne les gloires artistiques, militaires et scientifiques de la Picardie : les poètes (Jean de La Fontaine, Jean Racine et Jean-Baptiste Gresset), artistes (Robert de Luzarches, Quentin de Latour et Jean-François Lesueur), hommes de science (Philippe de Beaumanoir, Charles Du Cange et Jean-Baptiste Delambre) et patriotes (Jeanne Hachette, Pierre l’Ermite et le Maréchal Serrurier), tous originaires de la région. Le décor sculpté qui l’accompagne est exécuté par des artisans parisiens, à l’exception des chapiteaux, confiés aux Amiénois Aimé et Louis Duthoit.

Galerie du Dôme plafond peint par Félix Barrias  © T.Rambaud-Musée de Picardie

De part et d’autre du dôme, c’est autour de Concordia et Bellum de Pierre Puvis de Chavannes, toiles présentées au Salon en 1861 et repérées par Diet pour leur format idéal pour les murs du musée, que s’élabore le décor des deux galeries.

Pierre Puvis de Chavannes, Bellum © Etienne Revault-Musée de Picardie

Enthousiasmé par l’ambition de cette construction, l’artiste réalise d’autres œuvres pour constituer un cycle complet, lui aussi largement inspiré de la région picarde. La Fileuse et Le Moissonneur font ainsi référence aux principales sources de prospérité des terres picardes, tout comme Ave Picardia Nutrix, peint pour l’escalier d’honneur. Dans le monumental Pro Patria Ludus, plus tardif, il s’inspire là encore des traits caractéristiques de la région, les paysages comme les activités humaines.

Pierre Puvis de Chavannes, Ave Picardia Nutrix © Etienne Revaux-Musée de Picardie

 

Pierre Puvis de Chavannes, Pro Patria Ludus © Etienne Revault-Musée de Picardie

 

1870-1945 Le musée dans les guerres

La ville d’Amiens se trouve au cœur des conflits qui marquent le Nord de la France entre 1870 et 1945. Face aux occupations et aux bombardements ennemis, les collections du musée sont par trois fois protégées sur place ou évacuées.

En 1870, le conservateur Charles Borély cache les œuvres majeures dans le bâtiment même, avant sa réquisition pour abriter un hôpital prussien. Au milieu des salles d'exposition prennent alors place les lits des soldats blessés.

Pendant la Première Guerre mondiale, l'État fait d'abord protéger à Paris les pièces maîtresses. Lorsque le Musée de Picardie est torpillé, des militaires sont chargés d'évacuer la totalité des œuvres vers des dépôts plus sûrs.

Après le bombardement, 1918

 

Après le bombardement, en 1918

Ces hommes composent l’un des trois services de protection des monuments et œuvres d'art répartis en fonction du théâtre des opérations militaires : leur service dit « du Front Nord » permet la sécurisation de milliers d’œuvres provenant de musées, d’églises ou de collections particulières de la région.

Démarouflage des peintures de Puvis de Chavannes, pendant les bombardemants de 1918 © D.R.

 

Galerie Nieuwerkerke

 

Au début de la Seconde Guerre mondiale, les caisses d’œuvres sont cachées aux châteaux de Brocourt et Bovelles (Somme). Transportées en gare d'Amiens le 17 mai 1940, elles y sont stockées plusieurs mois tandis que la ville essuie de lourds bombardements. Elles sont finalement abritées en 1944 au château de La Lorie (Maine-et-Loire), sous la responsabilité du conservateur Robert Richard. Les caisses d’œuvres ne reviennent à Amiens que fin 1945 pour préparer la réouverture du musée.

Retour des oeuvres, 1945

 

Inauguration, réouverture du musée en 1945

 

1908-1927 Le legs Maignan-Larivière

Nombreux furent les artistes et donateurs qui ont lié leur nom à celui du Musée de Picardie. Présenté au conseil municipal d’Amiens le 18 novembre 1908, le legs concédé par le peintre et collectionneur Albert Maignan (1845-1908) est accepté avec enthousiasme par la ville qui perçoit une véritable opportunité d’enrichissement de son musée en même temps qu’un hommage à rendre à l’un des grands noms de l’art contemporain.

Louise Maignan complète le testament initial par les dernières volontés de son mari qui souhaitait joindre à son fonds d’atelier sa collection d’objets d’art, en partie héritée de son beau-père, Charles-Philippe Larivière, pour faire un ensemble rassemblé sous leurs deux noms. En février 1927, après les années tourmentées de la guerre, un pavillon est sorti de terre à l’arrière du musée pour servir d’écrin à la prestigieuse collection. Les deux années suivantes sont consacrées au transfert et à l’aménagement des objets et, en 1929, Louise et les élèves de Maignan assistent à l’inauguration du pavillon.

1927, La donation Maignan-Larivière, exposition "Chroniques du Musée de Picardie", 2016 © Musée de Picardie, 2016

Pour fêter ce grand tournant dans l’histoire du Musée de Picardie, devenu dépositaire de la mémoire d’Albert Maignan, l’Etat renoue avec les prestigieux envois de grands formats en y déposant notamment La Mort de Carpeaux, chef-d’œuvre qui avait valu un immense succès et une médaille d’honneur à Maignan au Salon de 1892 et qui sera désormais exposé dans la salle Maignan-Larivière, en point d’orgue de l’accrochage conçu par Louise Maignan.

Albert Maignan, La mort de Carpeaux © Hugo Maertens-Musée de Picardie

 

1945-1978 Une tentative de modernisation du musée

Successeur d’Albert Roze (1919-1943), Robert Richard (1943-1978) devient conservateur d’un musée qui sortira quasi indemne de la Seconde Guerre mondiale et qu’il va moderniser. De 1947 à 1962, il réinstalle les collections de façon dense et hétéroclite. L’achat de plusieurs œuvres contemporaines est aussi rendu possible grâce aux dommages de guerre. L’ouverture en 1966 de la Maison de la Culture marque pour Amiens un changement de politique culturelle et met un coup d’arrêt à cette dynamique.

 

1978-1985 De grands changements

Dix ans plus tard, un bilan alarmant est dressé tant sur le plan de la conservation que de la muséographie et de la sécurité des collections. Sans attendre, l’équipe du musée, dirigée par Véronique Alemany (1979-1984), se met à dépoussiérer, trier et ranger. De grosses opérations de restauration du bâtiment débutent en 1981, avec le soutien financier de la ville et de l’Etat, à partir du programme établi par le conservateur après diagnostic et étude de l’architecte François Christiaens. Le sous-sol, anciennes caves à charbon, est dégagé et dévolu aux collections archéologiques, importantes en nombre et essentielles dans l’identité du Musée de Picardie. 

Sous-sol © Thierry Rambaud-Musée de Picardie

 

1985-1992 La grande rénovation du rez-de-chaussée

En 1985, la rénovation intérieure inclut la mise en valeur des décors peints d’origine. En écho, la commande est passée en 1989 à Sol LeWitt d’un Wall drawing pour la rotonde ouest du rez-de-chaussée. Dominique Viéville, directeur de 1984 à 1992, et l’architecte Jean-Paul Robert font également intervenir Sylvain Dubuisson pour la réalisation de vitrines-tables et Martin Szekely pour celle d’un mobilier monumental.

Plafond de la rotonde Sol LeWitt  © Irwin Leullier-Musée de Picardie

 

Sol LeWitt © Marc Jeanneteau-Musée de Picardie

 

1995-2006 Des projets dans un musée rouvert

La réouverture après l’inauguration d’un rez-de-chaussée rénové coïncide avec une politique d’expositions ambitieuse stimulée par les programmes et commémorations liés au passage à l’an 2000 et au centenaire de la mort de Jules Verne à Amiens (2005). Le nouveau directeur Matthieu Pinette (1995-2006) mène une réflexion sur la poursuite des travaux, notamment sur la rénovation du premier étage. En même temps, il engage la programmation des salles de peinture et poursuit l’étude des collections Beaux-Arts tout en conduisant une politique d’édition des catalogues raisonnés de la collection.

 

2011-2019 La troisième étape de la rénovation

En 2011 est lancé un nouveau concours : il s’agit cette fois-ci de rénover le premier étage et de repenser les espaces d’accueil. C’est le projet de Catherine Frenak et Béatrice Jullien qui est lauréat l’année suivante. En 2012, le Musée de Picardie est par ailleurs classé au titre des Monuments Historiques. Après une longue phase d’études, les travaux débutent en 2016 par la toiture du musée (couverture et verrières), puis se poursuit en 2017 avec la restructuration du pavillon Maignan – qui deviendra le nouvel accueil du musée – et la construction d’une extension en fond de parcelle.

Parvis de l'extension et de l'accueil dans le Pavillon Maignan © Frenak et Jullien @ Cyrille Thomas

En 2018, le chantier touche le bâtiment historique : rénovation de l’étage et mise en accessibilité de l’ensemble du bâtiment. Le premier semestre de l’année 2019 sera consacré à la réinstallation des collections et à la préparation des extérieurs.

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