Les bains douches
S’il est aujourd’hui courant d’avoir une douche chez soi, cela était loin d’être le cas au début du XXe siècle. A partir du milieu du XIXe siècle, dans la lignée des travaux de Pasteur, l’hygiène devient un véritable enjeu de société. C’est dans ce cadre que vont se développer de nouveaux lieux d’hygiène au sein des villes. Les bains-douches vont ainsi voir le jour à partir de la fin du XIXe. Le Trésor d’archives des Archives municipales et communautaires d’Amiens du mois de février revient sur l’histoire des bains-douches de la ville d’Amiens de leur création, en 1906, à leur disparition, en 1965.
02.02.2026
Le premier établissement, dit bains-douches du faubourg de Noyon, est inauguré en octobre 1907 à proximité de la gare d’Amiens. Situés entre le bureau d’octroi et le pont de la rue Vulfran Warmé, ils appartiennent à la Caisse d’épargne qui souhaite par ce biais améliorer le quotidien des Amiénois. La Caisse d’épargne d’Amiens est à l’origine de la loi du 12 avril 1906 qui permet aux Caisses d’épargne d’employer leur fortune personnelle à la création d’établissements de bains ou de jardins ouvriers. Le premier établissement à ouvrir à la suite de cette loi est donc logiquement celui d’Amiens. Ces bains-douches se composent de 10 cabines, avec température réglable de l’eau, et d’un vestibule. Le prix d’une douche est alors de 20 centimes pour les adultes et 10 centimes pour les enfants et les militaires. Sur la façade, les ambitions hygiénistes sont clairement indiquées « Propreté donne santé ». Ces principes sont rappelés lors de l’inauguration par le Président du conseil d’administration de la caisse d’épargne et le Préfet, M. Henri Bouffard « soignez le corps comme l’esprit » « la propreté c’est la santé ». Fort de ce succès, un deuxième établissement ouvre ses portes en 1909. Il est cette fois situé faubourg de Beauvais et se compose de 20 cabines. Un troisième, et dernier, établissement ouvre ses portes au 161 rue Saint-Leu en 1913. Les établissements jouissent d’une popularité notable auprès des populations civiles et militaires. On estime le nombre de douches prises à environ 50 000 par an avant-guerre. Les bombardements et l’arrivée des troupes d’Occupation en 1940 vont bouleverser les habitudes prises par les Amiénois.
En 1940, les bombardements n’épargnent pas les bains-douches : l’établissement du faubourg de Beauvais est totalement détruit et les deux autres, bien qu’en état de fonctionner, ferment leurs portes. L’armée allemande va alors occuper l’établissement de la place Alphonse Fiquet. Jacques Petit, adjoint au maire d’Amiens, va proposer à la Caisse d’épargne de reprendre l’exploitation des deux établissements. La Préfecture, en accord avec les Allemands, accepte. Les établissements ouvrent de nouveau aux amiénois le 6 décembre 1942. Le bail est signé avec la Caisse d’épargne pour un loyer de 7500 francs par mois le 22 avril 1943. Dès 1943, l’armée allemande réquisitionne l’établissement de la place Alphonse Fiquet pour 6 jours par semaine. A partir de la Libération, c’est l’armée britannique qui réquisitionne l’établissement de la rue St-Leu de septembre 1944 à avril 1945. L’armée américaine en fait de même d’avril à octobre 1945. En raison de la pénurie de charbon, les deux établissements ouvrent de manière discontinue. La consommation de charbon pour 2 à 3 jours par semaine est alors évaluée à 50 tonnes de charbon. Les bains-douches de la place Alphonse Fiquet ferment en 1949 en raison d’une mesure d’expropriation émise pour la reconstruction du quartier de la gare. En parallèle, l’établissement du quartier St-Leu n’est plus ouvert que deux jours par semaine, la fréquentation chute et les coûts d’exploitation explosent, obligeant la mairie d’Amiens à augmenter régulièrement les tarifs pour garder le budget à l’équilibre. C’est ainsi que le billet passe de 20 centimes de francs pour un adulte (avec savon) en 1909 à 60 francs pour un adulte (sans savon) en 1952. Les bains-douches de la rue Saint-Leu ferment définitivement en 1965 en raison de la trop grande vétusté du bâtiment et de la baisse de la fréquentation. L’emplacement est également concerné par une mesure d’expropriation dans le cadre de la rénovation du quartier Saint-Leu. Les locaux sont achetés par la mairie puis détruits en 1967.
Le Trésor d’archives est une photographie représentant les bains-douches de la rue Saint-Leu vers 1967, peu de temps avant la destruction du bâtiment. Sur le côté droit du bâtiment, on aperçoit la maxime « propreté donne santé » qui était également indiquée sur les autres établissements. Cette indication montre bien que la création des bains-douches par la caisse d’épargne, comme cela est rappelé sur la gauche du bâtiment, vient de la volonté d’améliorer la santé des Amiénois par le biais de l’hygiène corporelle. La disparition des bains-douches du paysage amiénois est la somme de plusieurs facteurs : un bâtiment en mauvais état, des coûts d’exploitation importants mais également le développement des salles de bains au sein des ménages amiénois.
Le document :
Cote archives : 10Z3702
Date : vers 1967
Support : numérique
Condition d’entrée dans les fonds : Don, fonds Maurice Duvanel
Conditions de conservation : Sur serveur numérique
Description : Bains-douches populaires situés 161 rue Saint-Leu à Amiens vers 1967.
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