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C’est un peu le loup de mer de Thézy-Glimont. Le marin et écrivain Juan Rigo, né à Majorque, y apporte chaque hiver les embruns méditerranéens qu’il récolte l’été à bord de son Odyssée.

Thézy-Glimont, son port d’hiver  © Laurent Rousselin / Amiens Métropole
Le décor du café Couleurs d’antan a tout pour plaire au globe-trotter.

10.01.2024

JDA 1068

L’hiver, Juan Rigo met les voiles en terres picardes, lové avec sa compagne dans une retraite familiale. L’été, il reprend la barre de L’Odyssée, le Feeling Kirié qu’il manie depuis trente-huit ans en mer Ionienne, à l’ouest de la Grèce. Un cycle migratoire bien ancré depuis sa découverte de Thézy-Glimont en 2015. Jusque-là, le marin-écrivain, né les pieds dans l’eau en 1952 (« Majorque est une île, alors je barbotais dans la mer avant de savoir marcher ») ne connaissait ce bout de France que via Robert Graves. C’est-à-dire la Grande Guerre. Le poète britannique avait été donné pour mort dans la Somme, « mais il a vécu jusqu’à 90 ans, je l’ai connu à Majorque ». L’une des grandes rencontres de la vie baroudeuse de Juan Rigo. Avant de faire de Thézy-Glimont une part de son hivernage (l’autre est parisienne, mais l’homme ne se sent « pas très urbain »), Juan Rigo, six langues au compteur, aura été universitaire, enseignant, historien, journaliste. Et marin : convoyages, transports touristiques... Comme l’indique le nom de son navire, Homère n’est pas étranger à l’intérêt de cet Espagnol pour les eaux grecques. Juan Rigo travaille depuis plusieurs années à la cartographie des récits homériques, pour faire la part du mythe et de la réalité dans ces « premiers best-sellers de l’humanité ».

Marié à la Méditerranée

Cette quête du « mystère Homère » doit parachever son corpus maritime, après divers ouvrages (dont Vents de Méditerranée, éd. Glénat, 2005) et écrits. Ses chroniques des îles ioniennes qu’il a livrées au Diario de Mallorca (journal de Majorque) viennent d’ailleurs d’être traduites en français, « ici, à Thézy, près de la cheminée, entre deux balades ». Elles sont parues en novembre (Carnet d’îles, éd. Azoé). En termes de distance parcourue, Juan Rigo a déjà fait « plusieurs fois le tour du monde ». Il s’est dévoué à la Méditerranée, même s’il reconnaît avoir eu « la tentation du Pacifique ».

 

Heureux comme Ulysse ?

Juan Rigo se décrit aujourd’hui comme un « voyageur routinier » : une fois l’hiver passé « à sec comme [son] bateau », le septuagénaire repart faire « le tour des îles et des amis ». Hédoniste, gastronome, l’imposant bonhomme à la gouaille bien ciselée, les yeux pétillants, exerce souvent son français au café Couleurs d’antan. Le bistrot de Thézy-Glimont prend alors des airs de front de mer et le navigateur se sent bien plus heureux qu’Ulysse : « Il voulait juste rentrer chez lui, Ulysse. Il n’était pas heureux ! ». Mais Juan Rigo, lui, est chez lui partout. À Thézy comme en Ithaque.

Jean-Christophe Fouquet