Votre navigateur est obsolète!

Mettez à jour votre navigateur pour afficher correctement ce site Web. Mettre à jour maintenant

×

Patère M.P.3984 © Irwin Leullier - Musée de Picardie © © Irwin Leullier - Musée de Picardie

Archéologie

Patère d’Amiens

Patère M.P.3984 © Irwin Leullier - Musée de Picardie © © Irwin Leullier - Musée de Picardie

Cet objet précieux est recouvert d’émaux en champlevé, technique qui consiste à creuser le support métallique pour réserver des alvéoles recevant l’émail, un élément vitreux, coloré, fondu, puis durci. Cette coupe à boire prestigieuse en bronze, pur produit de l’émaillerie britannique, est ornée d’une inscription, un itinéraire, énumérant six stations militaires du secteur occidental du mur d’Hadrien érigé en 122 pour protéger la Bretagne (Angleterre) contre les incursions des Pictes (Ecosse).

Au-dessous de l’inscription, sur la panse, une ligne crénelée rouge figure schématiquement un mur et ses sept tours formées chacune de quatre rectangles juxtaposés alternativement bleus et verts figurant des pierres, le bas étant recouvert d’un damier de rectangles également bleus et verts, donnant l’impression d’une maçonnerie par assises. C’est là une représentation contemporaine du mur d’Hadrien, ce grand ouvrage militaire de 117 km de long, protégé par des tours de garde et dix-sept camps retranchés, s’en écartant parfois assez loin. Aussi, une autre voie, la via Militaris fut créée pour relier les forts entre eux. C’est cette voie que décrit la patère d’Amiens avec ses six noms de camp du secteur occidental du mur.

Il existe trois exemplaires de ces patères ou coupes émaillées avec inscriptions dans le monde romain : une à Rudge en Angleterre, la Staffordshire Moorlands Pan à Carlisle, et enfin une à Amiens. Un légionnaire de passage ou venu à Amiens (Samarobriva) y couler des jours paisibles après avoir reçu son congé aurait perdu ce « souvenir de guerre » offert aux soldats du limes.

XVIIIe dynastie, probablement règne d’Aménophis III (1391-1353 avant J.-C.). Serpentine H. 20, 3 cm; l. 6 cm. Amiens, Musée de Picardie © Irwin Leullier-Musée de Picardie © © Irwin Leullier-Musée de Picardie
XVIIIe dynastie, probablement règne d’Aménophis III (1391-1353 avant J.-C.). Serpentine H. 20, 3 cm; l. 6 cm. Amiens, Musée de Picardie © Irwin Leullier-Musée de Picardie

Shaouabty d’Imenhotep

Cette figure momiforme, représente le défunt. Il est coiffé d’une perruque tripartite qui laisse les oreilles à découvert, et encadre un visage d’une extrême finesse : les sourcils délicatement arqués s’étendent sur les tempes et viennent étirer ses grands yeux en amande ; des joues pleines et un petit nez retroussé lui confèrent un air mutin accentué par le sourire de sa bouche charnue.

Les mains émergent du « maillot » croisées sur la poitrine et tiennent, l’une une houe et l’autre un sac de grains.

Le texte de sept lignes de hiéroglyphes est extrait du chapitre VI du Livre des Morts :

 « Que soit illuminé l’Osiris d’Imenhotep, il dit ô ce shaouabty, si est recensé, s’il est dénombré Imenhotep lors de tout travail qui est habituellement fait là, dans la nécropole, là, tel un homme à sa tâche, pour faire prospérer les champs, irriguer ses rives, transporter le sable d’est en ouest, alors l’embarras (t’) en sera infligé là. "(Me) voici", diras-(tu) là, dans la nécropole ».

Placées dans la tombe, ces statuettes accomplissent à la demande du défunt des travaux agricoles dans l’au-delà. Elles sont non seulement la représentation du défunt lui-même, mais aussi celle d’un « corvéable » susceptible de travailler à sa place.

La matière utilisée, la serpentine et son traitement soigné, font de ce serviteur funéraire une œuvre d’une qualité exceptionnelle, témoignant sans aucun doute de l’importance de son propriétaire.

Stèle aux trois personnages

Provenance : Amiens, marché au Feurre (1888) ; Stèle trouvée en réemploi près de la muraille du ive siècle ce qui explique le trou rectangulaire pouvant accueillir un crampon en fer. Funt entouré de ses parents portant le costume indigène, placé dans une niche en cul-de-four. Le côté latéral droit, décoré de feuillages disposés en palmettes (feuilles d’acanthes) porte des traces de coloration tout comme les personnages de cette scène d’adieu. Sur le tympan gauche se dessine l’ascia, l’herminette, emblème funéraire apparaissant sur de nombreuses stèles, qui a pour but de consacrer la tombe et d’en assurer l’inviolabilité.

L’homme doit être le père de famille. Il porte la célèbre pèlerine gauloise, une tunique et un manteau, la paenula, à capuchon. Il présente à son fils habillé de deux tuniques, une corbeille contenant des fruits et des pains pour son séjour dans l’au delà. La mère porte la double tunique des hommes, et un amict (sorte de foulard) dont les pans drapent le cou et les épaules. D’un geste affectueux, elle enserre de son bras gauche les épaules de son fils. Celui-ci tient dans la main un gobelet et porte au niveau de la ceinture un élément de balance. Ce sont des marchands.

Il s’agit de la plus importante stèle funéraire d’Amiens où s’exprime toute l’habilité de l’artiste et le souci d’exprimer la tristesse et la douleur : rides du front et aux commissures des lèvres du vieillard, yeux et visages statiques. Le sérieux du père s’oppose à l’adolescence rêveuse du fils.

Stèle M.P.88.3.96 © Marc Jeanneteau - Musée de Picardie © © Marc Jeanneteau - Musée de Picardie
Stèle M.P.88.3.96 © Marc Jeanneteau - Musée de Picardie
Buste de bacchus IIe siècle après J.-C. bronze au plomb, provenance  Dury (Somme) 1993-1994 © © Marc Jeanneteau-Musée de Picardie
Buste de bacchus IIe siècle après J.-C. bronze au plomb, provenance Dury (Somme) 1993-1994 © Marc Jeanneteau-Musée de Picardie

Buste de Bacchus

Un dépôt de bronzier composé de deux cent quatre éléments dont ce buste, a été découvert dans la cave du bâtiment principal d’une villa.

Le buste est celui d’un homme au cou large et puissant, le torse est nu, à la frontalité absolue. La construction de ce buste massif est strictement symétrique se développant en largeur et vise à suggérer un sentiment de majesté et de puissance sereine. Le visage dessine un ovale parfait au sein duquel l’arête droite verticale du nez, résolument grec, introduit une symétrie rigoureuse. Les yeux sont figés, grands ouverts, en amande, sans pupille. Le menton est rond, presque empoté, malgré la position de la tête nettement levée.

Le buste de Dury traduit cette réception de la beauté d’un éphèbe idéalisé selon les canons du classicisme grec. La coiffure, exubérante, révèle le nom de la divinité : la restauration de l’objet a fait surgir parmi l’écheveau des boucles, des grappes de raisin stylisées et feuilles très finement ciselées. Il s’agit de Bacchus adolescent. La présence autour du cou d’un pendentif ou bulla confirme cette attribution.

Le sommet du buste est couronné par une sphère lisse qui occulte un anneau de suspension. Ce bronze, volumineux, pèse 14,8 kg, soit 48 livres romaines. Il s’agit d’un peson suspendu à un curseur d’une balance romaine. Le religieux est très présent dans la vie quotidienne des Gallo-romains comme le montre cet objet usuel de grande qualité.

Tête de Kouros

Ces statues masculines, nues, de taille humaine et parfois même au delà, se caractérisent par leur attitude frontale, solennelle, dans laquelle la jambe gauche est généralement portée en avant et les bras plaqués le long du corps. Seule la tête d’un de ces kouroi nous est parvenue. Des nettoyages anciens, des éclats, ont blessé le marbre et pourtant nous avons ici l’image d’un visage masculin qui a conservé toute sa noble beauté : un visage lisse aux grands yeux en amande, un des traits de l’archaïsme grec, ourlés par l’épaisseur des paupières qui, légèrement gonflées donnent un regard noyé dans cet écrin où viennent jouer l’ombre et la lumière, une expression rêveuse et lointaine.

Le nez, quasiment mutilé, paraît avoir été assez fin. On devine sur le relief de la pommette la tension de la peau soulignant la délicatesse de l’ossature. La bouche, qui exprime un sourire discret, présente un dessin assez particulier : une lèvre inférieure mince, dont le relief à peine prononcé contraste avec le volume du menton que l’on devine volontaire. Le visage s’anime, éclairé par un discret sourire qui exprime la joie de vivre éternellement. Le jour où la sculpture cessera de sourire, l’art classique sera né.

Les oreilles sont d’un dessin remarquable. Tous ces détails se fondent dans l’ensemble et donnent l’impression d’une grande habilité. La chevelure est également composée, son traitement, archaïque. Le crane est lisse, ceint d’un bandeau qui retient les boucles, faisant disparaître la nuque sous leur masse. Une rangée de grosses boucles en coquille cerne le front et les tempes, boucles traitées en relief assez fort. Sur la nuque et de chaque côté du cou, la chevelure est divisée en mèches traitées en rubans plats et gaufrés. Elle apparait sous la forme de trois longs rubans ondulés. L’aspect général de la tête, le modelé à la fois ample et subtil du visage contrastant avec le traitement beaucoup plus ornemental de la chevelure situe l’œuvre vers la fin d’une évolution qui a amené le kouros, depuis son apparition dans la seconde moitié du viie siècle, en une image masculine très stylisée, au rendu graphique des détails anatomiques, vers une réalité et une souplesse plus grande du rendu du corps humain qui, bientôt, se libèrera de la frontalité.

Cette œuvre magistrale, véritable chant à la beauté virile, avec ce frémissement de la face, cette joliesse appliquée de la chevelure n’a pu naître que sous le ciseau d’un grand artiste du temps, Anténor peut-être.

Tête de Kouros, v 510 av JC, marbre © M.Jeanneteau-Musée de Picardie © © M.Jeanneteau-Musée de Picardie
Tête de Kouros, v 510 av JC, marbre © M.Jeanneteau-Musée de Picardie
BIFACE ACHEULÉEN © © Irwin Leullier-Musée de Picardie
BIFACE ACHEULÉEN

Biface acheuléen

Cette pièce est issue du célèbre gisement préhistorique de Saint-Acheul, un faubourg d’Amiens. Une quinzaine de gravières ouvertes entre le milieu du xixe siècle, et le début du xxe siècle, ont livré environ 20 000 bifaces, un silex taillé sur les deux faces.

A ce gisement sont associés des noms célèbres : le géologue Dutilleux en 1853, le docteur Rigollot, le géologue Albert Gaudry en 1859, Victor Commont entre 1895 et 1918. Ils ont établi de manière officielle la grande antiquité de l’humanité, confirmant ainsi les travaux d’un autre Picard, Boucher de Perthes à Abbeville (1847).Une nouvelle discipline était née : la préhistoire. C’est ainsi que fut définie pour la première fois une des plus anciennes civilisations de l’histoire de l’humanité : l’acheuléen.

Gabriel de Mortillet, en 1872, désigne par acheuléen tout outillage de pierre comparable à celui découvert dans les graviers de la moyenne terrasse de Saint-Acheul, cette industrie se caractérisant par l’abondance des bifaces. L’acheuléen est représenté aujourd’hui un peu partout dans le monde, à l’exception de l’Amérique et de l’Australie, toutes deux colonisées plus tardivement. Caractéristique du Paléolithique ancien, cet outil, le biface, est un excellent « marqueur » chronologique et culturel.

Le biface est le premier objet vraiment façonné que l’on connaisse, la première recherche d’une forme totalement inventée par l’homme..

Le biface ici représenté est plat, de forme elliptique, taillés sur les deux faces, au percuteur de pierre pour dégrossir le rognon du silex, puis avec un rondin de bois dur pour travailler les pourtours, la finition s’effectuant avec un bois de cerf le plus souvent. Les bifaces ne sont pas des armes, mais sont utilisés plutôt pour le travail du bois et le dépeçage du gros gibier, l’outil à tout faire de l’époque. Cet outil détient le record de longévité : jamais, dans toute l’histoire, les hommes n’ont fabriqué un même outil pendant un temps aussi long.